jeudi 14 décembre 2017

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Le Rafale au Brésil, c’est bien parti, mais pas gagné !

Jean Guisnel, Le Point.fr

mercredi 23 septembre 2009, sélectionné par Spyworld

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Alors que Dassault a remis officiellement le 21 septembre sa réponse à l’appel d’offres brésilien pour le contrat FX2 concernant l’achat de 36 avions de chasse, la compétition n’est pas terminée entre les trois appareils concurrents. Le jour même de la remise de son offre par Dassault, le Brésil annonçait que les concurrents bénéficiaient de dix jours supplémentaires, soit jusqu’au 1er octobre, pour déposer leurs offres. L’armée de l’air (FAB - Fuerza Aera Brasileira) précisant que ce délai était accordé à la demande de la partie suédoise, dont l’industriel Saab propose son JAS-39 Gripen NG contre l’avion français et le F/A-18 Super Hornet de Boeing. Selon le secrétaire d’État à la défense suédois Hakan Jevrell, l’offre de Saab serait de moitié inférieure à celle de Dassault, estimée par l’Élysée à 5 milliards d’euros. Elle serait dès lors plus proche de l’évaluation brésilienne, qui estime le contrat FX2 à 2,5 milliards de dollars tout au plus.

L’avance prise par l’offre française lors de la récente visite de Nicolas Sarkozy à Brasilia est due, aussi bien selon le président français que pour son homologue brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, au fait que Paris offre des transferts de technologie "complets" à l’industrie aéronautique brésilienne, et un achat d’une douzaine d’avions de transport KC-390. Mais les négociations doivent passer par une formalisation de l’accord "politique" entre les deux présidents, et à cette heure, on est assez loin du compte.

En réalité, toutes les parties ont été prises de court par l’accélération donnée au dossier par Nicolas Sarkozy, qui a su trouver les arguments "politiques", donc, pour convaincre son homologue sud-américain. Pour autant, affirme une source industrielle confiante, mais prudente : "On n’a pas dépassé la déclaration d’intention, à ce stade ! Ni le financement, ni la localisation de l’assemblage des avions, ni l’éventuel droit de réexportation ne sont réglés. Et les transferts de technologie, non plus !" Concernant, ces derniers, il semble que le débat ait été tranché sans trop de grognements à la Délégation générale pour l’armement (DGA), vestale des technologies militaires et des transferts sensibles. En réalité, ces transferts seront moins "complets" que l’a dit Nicolas Sarkozy au Brésil, car ils ne toucheront que les technologies "exportables".

Le transfert de technologies en question

Ces dernières ne concerneront que celles qui ne sont pas " spécial France ". Par exemple, il n’est pas question de laisser filer au Brésil les codes sources des moyens de guerre électroniques les plus performants, et notamment les IFF (Identifying Friend or Foe) qui permettent de distinguer un avion militaire portant des cocardes françaises d’un autre. Autre limitation : tout l’ensemble non exportable de moyens électroniques de transmission, d’identification, de guidage ou de ciblage, qui entre dans la version nucléaire du Rafale, capable de tirer le missile nucléaire ASMP-A équipant le Rafale français. La France ne livrera pas davantage les secrets des alliages métalliques entrant dans la fabrication des réacteurs.

Bref, le transfert de technologie sera complet, mais sans les bijoux de famille. En revanche, les éléments qui seront fournis au Brésil, singulièrement pour lui permettre d’effectuer lui-même l’intégration d’armements non français, se feront sans la moindre restriction. Pour cette source proche du ministère des Affaires étrangères, "c’est un partenariat sérieux : si la France veut être l’escabeau permettant au Brésil d’entrer au Conseil de sécurité de l’ONU, elle doit mettre le paquet. On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre !" Au ministère de la Défense, le son de cloche est tout aussi cristallin : "Ce contrat brésilien est vital. Alors, on y va, et ce transfert est une très bonne chose... Ils sont tout de même plus proches de nous que les Chinois ou les Indiens".

Quant à l’intention d’achat, annoncée très tard, d’avions de transport KC-390, elle permettra de remplacer les 14 avions Hercules C-130 H qui arriveront en fin de course dans une dizaine d’années. D’ici là, le problème le plus sérieux sera causé par le retard de l’Airbus militaire A400 M, et l’indispensable achat de moyens de transition, pour assurer les missions en vol tactique de l’armée française. Deux solutions sont actuellement sur la table : la rénovation des voilures d’une dizaine de C-160 Transall qui auraient normalement dû être retirés du service, et l’achat de six ou huit Casa CN-235 (pour environ 30 millions d’euros pièce) chez EADS. Qui non seulement rate son A400 M, mais vend l’appareil de remplacement... tout en se préparant à faire des offres de collaboration à Embraer sur le KC-390. Bien joué !


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