lundi 11 décembre 2017

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Nucléaire : l’ultimatum des Occidentaux à l’Iran

Laure Mandeville, le Figaro

samedi 26 septembre 2009, sélectionné par Spyworld

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Après la découverte d’un nouveau site d’enrichissement d’uranium, l’Iran est sommé de rendre des comptes avant le mois de décembre, sous peine de sanctions. Barack Obama a par principe refusé d’écarter l’option militaire, mais a assuré privilégier la diplomatie.

Volant la vedette à la question de la réforme du système financier international qui devait occuper le devant de la scène du G20, le dossier du nucléaire iranien s’est imposé vendredi à Pittsburgh de manière spectaculaire, quand Barack Obama, Nicolas Sarkozy et Gordon Brown ont annoncé, solennels, face aux caméras, avoir découvert un nouveau site secret d’enrichissement de l’uranium, près de Qom en Iran (voir carte ci-dessous). Accusant Téhéran de « violer les règles que toutes les nations doivent suivre », le président américain a appelé les Iraniens à cesser sur le champ leurs activités qui posent un « défi direct » à la communauté internationale. « Ce deuxième site est incompatible » avec le caractère civil du programme nucléaire revendiqué par Téhéran, a-t-il précisé, demandant à l’AIEA d’« enquêter immédiatement ». L’Iran doit prendre des décisions pour « montrer ses intentions pacifiques ou rendre des comptes », a dit Obama. Le président américain a aussi par principe refusé d’écarter l’option militaire face à l’Iran. "J’ai toujours dit que nous n’écartons aucune option quand il s’agit des questions de sécurité nationale américaines, mais ma préférence va à une solution diplomatique", a insisté le locataire de la Maison-Blanche. Le secrétaire américain à la Défense Robert Gates a estimé qu’une éventuelle offensive militaire contre l’Iran ne ferait que "faire gagner du temps" aux Etats-Unis et à leurs alliés et retarderait le programme nucléaire de Téhéran "d’un à trois ans".

Le président français a parlé de décembre comme d’une date butoir pour décider de nouvelles « sanctions », en cas d’échec des pourparlers entre les Iraniens et le groupe des 5 + 1 pays (*) chargés de négocier à partir du 1er octobre. Confirmant l’unité totale de vues entre Washington, Paris et Londres, le premier ministre britannique Gordon Brown a jugé que la communauté internationale n’avait d’autre choix que « de durcir sa résolution » à agir face à l’Iran. N’ayant pas eu confirmation par ses propres services de l’existence du site de Qom, l’Allemande Angela Merkel n’était pas présente vendredi lors de la déclaration commune de ses trois partenaires. Mais elle s’y est totalement associée.

La révélation de l’existence de la centrale secrète est intervenue selon une séquence un peu confuse, qui semble avoir été précipitée par la lettre envoyée lundi dernier par les Iraniens au directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Mohammed ElBaradei, confirmant l’existence du site d’enrichissement. L’envoi de cette lettre a été confirmé officiellement jeudi soir à Vienne. Apparemment mis au courant de l’intention des Occidentaux de révéler leurs informations sur ses activités clandestines, l’Iran a pris les devants, pour court-circuiter l’offensive, précipitant l’annonce du G20, avançait vendredi Mark Fitzpatrick, expert à l’Institut international d’études stratégiques de Londres. Un officiel iranien a d’ailleurs nié farouchement à New York le caractère clandestin de l’usine, estimant que si elle avait été secrète, Téhéran n’en aurait pas averti l’AIEA.

Vendredi, les délégations française et américaine soulignaient que ce programme, « en route depuis plusieurs années », s’était fait en violation de tous les engagements internationaux de l’Iran et de toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. Une source française a précisé que le projet de Qom remontait « à plus de quatre ans » et qu’il avait été découvert « il y a un certain temps ». Mais l’information « était extrêmement sensible et il fallait être sûr ».

Le bras de fer entre Iraniens et Occidentaux s’est engagé en 2002, quand ces derniers ont découvert l’existence d’un site caché d’enrichissement d’uranium à Natanz. Depuis, la communauté internationale a échoué à convaincre Téhéran de cesser ses activités et d’ouvrir ses installations aux inspections, malgré le vote de cinq résolutions successives au Conseil de sécurité. « Les Iraniens n’ont cessé de violer leurs engagements et même leur propre parole », a souligné une source française. Le louvoiement de Téhéran ne peut plus être toléré, insistent Paris, Washington et Londres, parlant d’« urgence ». « Le site de Qom a la bonne taille pour produire assez d’uranium pour une arme nucléaire », a averti vendredi un haut responsable de l’Administration américaine.

L’objectif reste de négocier

Obama, Sarkozy et Brown continuent d’affirmer que leur objectif est de déboucher sur une négociation avec l’Iran, pas sur des sanctions. Mais la main tendue d’Obama, destinée à démontrer le sérieux de l’ouverture américaine, pourrait finir par se refermer. « Je n’ai aucun doute » sur le fait que les Américains iront vers des sanctions si nécessaire, explique une source française, qui nie toute divergence. « L’affaire du site de Qom montre le travail non public, au quotidien, côte à côte, entre Américains, Français et Britanniques », ajoute-t-elle.

Le partage des informations sur le site de Qom avec les Russes et les Chinois, deux alliés traditionnels de Téhéran, est en revanche récent. Obama a communiqué ces renseignements au président russe Dmitri Medvedev à New York, lors de leur rencontre bilatérale. Des révélations qui expliquent peut-être le changement de ton de la Russie, qui « n’exclut plus des sanctions », même si elle leur préfère « un dialogue sérieux ». Les Chinois ont été mis au courant « plus récemment », selon Paris. Loin d’être garanti, le ralliement de ces deux pays à une position de fermeté changerait la face de la négociation qui s’ouvre la semaine prochaine.

* États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie, Chine et Allemagne.


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