dimanche 22 octobre 2017

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Le MI5 révèle cent ans de secrets

Cyrille Vanlerberghe, le Figaro

mardi 6 octobre 2009, sélectionné par Spyworld

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Une première histoire « officielle » du contre-espionnage britannique.

Pour s’assurer que le premier ministre Neville Chamberlain avait bien compris la menace que représentait l’Allemagne en 1938, les services secrets britanniques l’avaient averti qu’Adolf Hitler l’avait traité de « trou du cul » (Arschloch) à trois reprises. Le rapport avait choqué Chamberlain, mais n’avait pas réussi à le dissuader de poursuivre sa politique d’apaisement avec Hitler. Cet épisode inédit de l’avant-guerre est l’une des nombreuses révélations contenues dans un livre de plus de 1 000 pages détaillant cent ans d’histoires des services de contre-espionnage britanniques, le célèbre MI5 (Military Intelligence, section 5). Il ne s’agit pas pour une fois de Mémoires d’un ancien espion, mais d’un ouvrage « autorisé ». Christopher Andrew, professeur d’histoire à Cambridge, a rédigé La Défense du royaume avec la bénédiction du MI5, qui lui a donné accès à 400 000 dossiers auparavant « classés défense ».

Après des décennies de travail dans le secret le plus total - les directeurs de l’organisation n’ont été connus qu’après 1992 - le MI5 a changé de stratégie et préfère maintenant se faire connaître du public. Pour mieux obtenir le soutien et la collaboration des Britanniques face à la menace des attentats islamistes après le 11 septembre 2001. « Il est clair que notre monde a changé fondamentalement, explique sir Stephen Lander, l’ancien directeur du MI5 qui avait commandé le livre à Christopher Andrew en 2002. Les attentats suicides sont une menace très différente de celle de l’IRA. »

Malgré la commande qui lui a été passée, l’historien raconte des épisodes peu glorieux de l’agence. On apprend par exemple que, pendant les années 1950 et 1960, le MI5 a été débordé par le nombre et l’efficacité des espions soviétiques dans le pays. Ce ne fut qu’en 1971, date qui coïncida avec l’expulsion de cent diplomates russes par Londres, que le MI5 commença vraiment à contenir l’activité du KGB et des services secrets du bloc de l’Est en Grande-Bretagne.

Le plus célèbre exemple de l’échec du MI5 face au KGB est le cercle d’espions des « cinq de Cambridge », dont faisaient partie Kim Philby, Guy Burgess et Don MacLean. Ils travaillèrent impunément pour l’Union soviétique des années 1930 jusqu’au début des années 1950, au plus fort de la guerre froide. Christopher Andrew raconte notamment comment, grâce aux aveux d’un ancien agent du KGB passé à l’Ouest, le MI5 n’a identifié formellement le cinquième membre du cercle de Cambridge, John Cairncross, qu’en 1982. Soit 18 ans après son arrestation pour espionnage !

Pour le MI5, la menace ne venait pas seulement de l’étranger. De nombreux gouvernements ont été tentés d’utiliser les services secrets pour surveiller des adversaires très domestiques. Les services avaient ainsi surveillé le premier ministre travailliste Harold Wilson, à partir du moment où il avait été élu à la Chambre des communes en 1945. L’organisation soupçonnait alors, à tort, des liens avec les communistes. En revanche, trois autres députés travaillistes, John Stonehouse, Bernard Floud et Will Owen étaient bien des agents de l’URSS. Quant à Margaret Thatcher, elle a demandé au MI5, jusque dans les années 1980, de mettre sur écoute plusieurs syndicalistes meneurs de grève, sous le prétexte qu’ils organisaient des activités « subversives ».

L’immeuble qui abrite les services secrets britanniques. Crédits photo : ASSOCIATED PRESS


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