samedi 21 octobre 2017

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Muridke, pépinière tranquille du terrorisme au Pakistan

Marie-France Calle, le Figaro

lundi 12 octobre 2009, sélectionné par Spyworld

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Présenté comme une organisation caritative ultrareligieuse, le Jamaat-ud-Dawa servirait de façade à une formation djihadiste redoutable.

La misère, la crasse, l’abandon… Muridke n’est guère différente des autres bourgades qui s’étirent le long de la Grand Trunk Road, la route historique qui traverse le sous-continent d’est en ouest, de l’Inde à la frontière afghane. À ceci près : dans cette région du Pendjab pakistanais, au lieu-dit Nangal Saïdwalla, se trouve le Markaz-e-Taiba, réputé être l’une des plus actives pépinières de terroristes du Pakistan.

Officiellement, cet immense complexe de 75 acres, entouré de fils de fer barbelés, n’est autre que le quartier général du Jamaat-ud-Dawa (JuD), une organisation caritative islamiste ultrareligieuse. Mais tous les experts vous le diront, le JuD est surtout la vitrine du Lashkar-e-Taiba (LeT), une formation djihadiste redoutable. Bien pire, alors que le LeT a été interdit en 2002 par l’ex-président Pervez Musharraf et que le JuD a été placé sur la liste des organisations terroristes internationales par les Nations unies, en décembre dernier, les autorités d’Islamabad continuent de fermer les yeux sur les activités des deux entités terroristes qui ne font plus qu’une.

Pas une femme à l’horizon

En ce début d’octobre, l’animation est rare sur le « campus » comme on l’appelle ici. Il abrite pourtant un hôpital, une mosquée, une madrasa, des ateliers, des appartements, des chambres d’étudiants, une université islamique, deux écoles primaires… Plus de mille enfants y sont scolarisés, sans compter les étudiants et les apprentis. À perte de vue, des vergers bien entretenus, des champs, des jardins potagers… Le Markaz-e-Taiba est un îlot d’opulence au milieu d’un océan de misère. Mais l’heure est à la méfiance.

Les lourds portails de fer sont gardés par des hommes en armes. La plupart sont vêtus du tradi­tionnel shalwar kameez (longue tunique sur un pantalon bouffant). Avec une particularité propre aux adeptes du wahha­bisme : le shalwar s’arrête à une bonne ving­taine de centimètres au-dessus de la cheville. Tous portent une longue barbe qui leur tombe sur la poitrine. Pas une seule femme à l’horizon. Censée surveiller les lieux d’une organisation dont nul ne sait, au final, si elle a bel et bien été interdite, ou si elle a tout simplement été « placée sous observation », la police brille par son absence. On finira par dénicher une camionnette des forces de l’ordre, avec, à son bord, quelques policiers en train de bayer aux corneilles.

La sécurité du Jamaat-ud-Dawa est autrement musclée. L’homme qui nous apostrophe à l’une des entrées n’est guère souriant. « Au lieu de vous promener avec des étrangers, vous feriez mieux de venir travailler ici avec nous ; c’est ce que vous feriez si vous étiez un bon musulman », lance-t-il au collègue pakistanais qui nous accompagne. « Pour le Jamaat-ud-Dawa, tous les journalistes étrangers sont des agents de la CIA », souffle celui-ci en riant. Les cheveux et la barbe passés au henné, le gardien des lieux porte, comme les autres, sa kalachnikov en bandoulière. Il est un peu plus de midi et il surveille les va-et-vient des rickshaws où prennent place les enfants qui sortent de l’école. De toutes petites filles, certaines ne devant avoir guère plus de 6 ans, se voilent le visage en franchissant les grilles pour plonger dans le monde extérieur. Deux autres gamines, un peu plus âgées, s’écrasent le nez contre la vitre de la voiture. Voilées elles aussi, elles détaillent tout avec des regards intenses.

Une fois tourné le coin de la ruelle malodorante qui mène à l’entrée du Markaz-e-Taiba, revoici la saleté et la pauvreté extrême. Des boules de bouse de vache sèchent au soleil. Elles serviront de combustible lorsque l’hiver sera descendu sur le Pendjab. Les enfants qui vont à l’école du Jamaat-ud-Dawa mangent à leur faim, et leurs familles sont soignées. Alors, que le JuD continue à recruter et à entraîner des djihadistes, les gens de la région s’en moquent.

De la charité

Khalid Ben Walid a tenu à nous rencontrer à Lahore, la capitale du Pendjab, à une quarantaine de kilomètres de Muridke. Il se présente pompeusement comme le directeur des affaires politiques du JuD. Il est surtout le gendre de Hafiz Saeed, l’homme qui a créé le Markaz-e-Taiba et fondé le Lashkar-e-Taiba et le Jamaat-ud-Dawa dans les années 1980. À l’époque, il menait le djihad en Afghanistan contre les troupes soviétiques. Puis, dix ans plus tard, il s’est reconverti dans le djihad anti-indien, au Cachemire.

Il est accusé d’avoir orchestré les attentats du 26 novembre 2008 à Bombay, qui ont fait près de 200 morts, et Delhi demande à Islamabad de l’arrêter et de le juger. Pour l’heure, il est en résidence surveillée. « Hafiz Saeed n’a rien fait de mal, il n’y a aucune preuve contre lui ; le JuD n’est pas lié au LeT ; nous ne faisons que de la charité », déclame Walid avant de se lancer dans une longue tirade anti-indienne.


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