vendredi 20 octobre 2017

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Vols de la CIA : l’embarras des Européens

Alexandrine Bouilhet, le Figaro

jeudi 8 décembre 2005, sélectionné par Spyworld

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La polémique sur les avions de la CIA a été abordée, hier, à Bruxelles lors d’un dîner entre Condoleezza Rice et ses homologues européens.

DEPUIS QU’ELLE a été dévoilée par la presse américaine, l’affaire des vols secrets de la CIA sur le Vieux Continent n’en finit pas d’embarrasser les capitales européennes. La polémique a été évoquée discrètement, hier soir à Bruxelles, lors d’un dîner informel entre Condoleezza Rice et ses homologues européens des pays de l’Alliance. Malgré la justification par Washington des « exfiltrations » de suspects par la CIA, le ton de la discussion est resté parfaitement courtois, les ministres préférant se concentrer sur l’avenir des Balkans ou le Proche-Orient.

Profil bas des Européens

Seul Bernard Bot, le ministre néerlandais des Affaires étrangères, a estimé « insuffisantes » les explications américaines ; les diplomates scandinaves ont également protesté contre l’emploi par les services secrets américains de « méthodes à la limite de la légalité ». Mais dans l’ensemble, les Européens, le Britannique Jack Straw en tête, ont gardé un profil bas, afin de ne pas froisser la « dame de fer » de la diplomatie américaine. « Personne ne souhaite déclencher une nouvelle crise transatlantique à propos de cette affaire de CIA, confie un diplomate d’un pays de la Vieille Europe. D’autant que la plupart des gouvernements étaient sans doute au courant, puisque leurs services de renseignements travaillent en étroite collaboration avec les Américains sur le terrorisme. »

C’est bien ce que sous-entendait Condoleezza Rice, lorsqu’elle a déclaré, en partant pour l’Europe : « Aux gouvernements européens de prendre leurs responsabilités s’ils collaborent avec nous. A eux également de décider ce qu’ils rendent public ou non. »

« Je ne sais rien »

Gênés, ou pris de court, les gouvernements européens n’ont jusqu’ici rien avoué de compromettant, en espérant que l’affaire s’éteigne au plus vite. « Je ne sais rien, je ne suis au courant de rien », s’est contenté de répondre Tony Blair, hier, à la Chambre des communes, où il était interrogé sur les quelque 400 vols d’avions de la CIA repérés dans les aéroports britanniques. En Pologne et en Roumanie, où, d’après la presse américaine, deux centres de détention de la CIA ont été fermés récemment, les autorités continuent à nier l’existence de prisons secrètes.

En Allemagne, où la polémique fait rage au sujet d’un citoyen allemand d’origine libanaise, El Masri, enlevé par la CIA en 2003 et transféré dans un centre d’interrogatoire en Afghanistan, Angela Merkel a dit à Condoleezza Rice qu’elle était prête à passer l’éponge sur l’« erreur » des services secrets américains. Acculés par les révélations de la presse, deux ministres allemands, Otto Schily, ex-ministre de l’Intérieur, et Frank Walter Steinmeier, ancien conseiller de Schröder et actuel ministre des Affaires étrangères, ont reconnu avoir été informés de l’affaire Masri par les Américains au printemps 2004. Ils seront interrogés dans le cadre d’une enquête parlementaire.

Qu’elles soient parlementaires ou judiciaires, les investigations se multiplient en Europe, ce qui devrait ajouter à l’embarras des gouvernements. Hier, les députés de gauche du Parlement européen ont demandé l’ouverture d’une enquête parlementaire sur cette affaire. En Europe, qui savait ? Et qui savait quoi ?

De Londres à Berlin, en passant par Bruxelles, les députés espèrent en apprendre plus sur les activités de la CIA. En Italie et en Espagne, des enquêtes judiciaires sont en cours. Le parquet de Milan a demandé l’extradition d’agents secrets américains. Sur le plan juridique, certains gouvernements sont passibles de poursuites pour complicité d’enlèvement ou de torture. Mais dans ces affaires où le secret défense est en jeu, les preuves seront très difficiles à établir.


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