jeudi 14 décembre 2017

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Israël arraisonne un cargo chargé de tonnes d’armes

Laurent Zecchini, le Monde

jeudi 5 novembre 2009, sélectionné par Spyworld

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En arraisonnant, mercredi 4 novembre, un cargo transportant plusieurs centaines de tonnes d’armes et de munitions, apparemment d’origine iranienne et à destination du Hezbollah, la marine israélienne a enregistré un succès militaire dont la médiatisation offre l’avantage d’aider le gouvernement israélien sur le plan diplomatique.

La coïncidence ne pouvait pas mieux tomber : ce coup de filet a eu lieu le jour où l’Assemblée générale des Nations unies examinait le rapport Goldstone accusant l’Etat juif de "crimes de guerre" à Gaza. La veille, le directeur du renseignement militaire israélien, le général Amos Yadlin, avait annoncé que le Hamas avait réussi à importer à Gaza des roquettes d’une portée de 60 kilomètres, susceptibles d’atteindre les faubourgs de Tel-Aviv.

La saisie du cargo Francop, battant pavillon d’Antigua, intervient dans le contexte d’un durcissement de l’épreuve de force diplomatique entre l’Iran et la communauté internationale à propos du programme nucléaire de Téhéran. Et ce alors que les autorités israéliennes ne cessent de dénoncer le rôle joué par l’Iran et la Syrie pour armer le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, ainsi que le Hezbollah libanais. Selon le chef d’état-major adjoint de la marine, l’amiral Roni Ben-Yehuda, ce cargo, un porte-conteneurs de 137 mètres, transportait "des dizaines de conteneurs, des centaines de tonnes d’armes et de munitions pour le Hezbollah, en provenance d’Iran". Il a été arraisonné mardi vers minuit, avec l’accord de son capitaine (de nationalité polonaise), par des commandos des forces spéciales de la marine, à environ 100 miles nautiques (185 kilomètres) des côtes israéliennes, au large de Chypre.

Démenti syrien et iranien

Le Francop, dont l’équipage de onze marins n’a offert aucune résistance, a été dérouté vers le port d’Ashdod, situé au sud de Tel-Aviv. Selon des sources israéliennes, un bateau iranien aurait appareillé du port iranien de Bandar-Abbas, au sud de l’Iran (détroit d’Ormuz), il y a une dizaine de jours, avec la cargaison d’armes à son bord. Après avoir emprunté le canal de Suez, il aurait déchargé celle-ci dans le port égyptien de Damiette (à l’ouest de Port-Saïd).

Les armes auraient alors été dissimulées dans des conteneurs, qui ont ensuite été mêlés à la cargaison de fret du Francop, un bateau appartenant à une compagnie allemande, mais dont l’opérateur est la société chypriote United Feeder Services (UFS). Le Francop aurait appareillé trois jours plus tard pour le port de Lattaquié, en Syrie.

Les Israéliens estiment que le Hezbollah est ravitaillé en armes et en munitions par la Syrie, via la frontière nord du Liban, et que le mouvement chiite dispose aujourd’hui d’un arsenal de plus de 40 000 roquettes. Dans une conversation téléphonique, mercredi soir, avec des journalistes, l’amiral Ben-Yehuda a confirmé au Monde que le Francop transportait 600 tonnes d’armes et de munitions, dont 3 000 roquettes de 107 mm et 122 mm de type Katioucha, des grenades et des explosifs.

"Les papiers du cargo montrent très clairement que tous les conteneurs que nous avons ouverts proviennent d’Iran et que leur destination finale était un port de Syrie", a-t-il affirmé, en précisant que des marques iraniennes sont visibles sur certaines armes. Interrogé sur les preuves que celles-ci étaient destinées au Hezbollah, l’amiral a répondu : "Quand vous voyez certains types d’explosifs et d’armes, vous pouvez comprendre qu’il s’agit d’un usage terroriste. Or nous savons très bien ce que le Hezbollah utilise. Nous n’avons aucun doute."

Pour sa part, le mouvement chiite libanais du Hezbollah a nié, jeudi, tout lien avec la cargaison d’armes saisie par la marine israélienne La veille à Téhéran, les ministres iranien et syrien des affaires étrangères Manouchehr Mottaki et Walid Mouallem, avaient également démenti : "Le bateau ne transportait pas d’armes de fabrication iranienne à destination de la Syrie ou du Liban, mais des objets de fabrication syrienne destinés aux consommateurs iraniens", a dit notamment M. Mouallem.

Cette affaire, a souligné le président israélien, Shimon Pérès, "illustre l’énorme fossé entre ce que disent l’Iran et la Syrie, et ce qu’ils font". Le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, s’est félicité du résultat de cette opération, "qui visait à empêcher la livraison d’armes susceptibles de menacer les villes israéliennes". Cette cargaison d’armes et de munitions est la plus importante jamais saisie par Israël. Le 3 janvier 2002, l’armée israélienne avait intercepté le cargo Karine-A en mer Rouge, qui transportait 50 tonnes d’armes et de munitions d’origine iranienne, destinées aux Palestiniens.


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