vendredi 15 décembre 2017

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Washington rassure ses alliés de l’OTAN sur l’action de la CIA

Laurent Zecchini, le Monde

vendredi 9 décembre 2005, sélectionné par Spyworld

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Condoleezza Rice a remporté un demi-succès diplomatique, jeudi 8 décembre, en évitant que la réunion des ministres des affaires étrangères de l’OTAN se transforme en une sorte de tribunal pour juger certaines activités de la CIA, dont le transfèrement de prisonniers islamistes vers des centres de détention secrets où ils seraient soumis à la torture. La controverse n’est pas éteinte, mais la secrétaire d’Etat américaine s’est bien sortie de cette épreuve : ses homologues de l’Alliance atlantique se sont vite contentés des vertueuses assurances de Mme Rice sur la détermination des Etats-Unis à ne pas tolérer la torture.

Plusieurs ministres des affaires étrangères ont réaffirmé leurs préoccupations, mais, dans l’ensemble, aucun allié n’a souhaité déclencher de nouvelle dispute, au moment où l’Alliance commence à cicatriser les plaies transatlantiques ouvertes par la guerre en Irak. Plusieurs ministres ont indiqué avoir été "rassurés" par les propos de Mme Rice, même s’ils n’ont pas apporté "de choses neuves" sur les prisons de la CIA, selon Karel De Gucht, le chef de la diplomatie belge.

Mme Rice a "purifié l’atmosphère", a déclaré Jaap de Hoop Scheffer, le secrétaire général de l’OTAN. Philippe Douste-Blazy s’est montré plus dubitatif. Prenant "note" des propos de la secrétaire d’Etat américaine, il a invoqué une double nécessité : tous les pays doivent être "au rendez-vous de la sécurité", mais il faut parallèlement s’assurer que "toute personne sur la planète a accès au droit international et à la convention de Genève (sur les prisonniers)", a souligné le ministre français des affaires étrangères.

MISSION EN AFGHANISTAN

Bien qu’apparemment éteinte - du moins dans le cadre de l’OTAN -, cette polémique a eu des prolongements sur la mission de l’OTAN en Afghanistan : à partir du deuxième trimestre 2006, la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF) remplacera les troupes américaines de l’opération "Liberté immuable" ("Enduring Freedom", OEF) dans le sud du pays.

Le gouvernement néerlandais, aiguillonné par le Parlement de La Haye, a ainsi obtenu des assurances selon lesquelles les détenus remis aux autorités afghanes ne seront ni soumis à la torture ni condamnés à mort. Le Royaume-Uni souhaite, de son côté, obtenir des règles d’engagement très "fermes" avant de prendre en charge les opérations militaires dans le Sud afghan, qui risquent d’entraîner l’OTAN vers un rôle de contre-terrorisme, et non plus de simple pacification. Londres comme Washington souhaitent que cette extension de la mission de l’ISAF fasse référence à une clause du catalogue des "règles d’engagement" qui vise spécifiquement la lutte contre Al-Qaida et les talibans.

La France, mais aussi l’Allemagne, la Belgique et d’autres pays moins atlantistes que le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou la Pologne, ne veulent pas de mélange des genres. Ce point n’est pas encore tranché par le comité militaire de l’OTAN. Londres a cependant obtenu que la durée de détention des prisonniers (avant qu’ils ne soient remis aux Afghans) soit prolongée de 24 à 96 heures.

Les soldats de l’OTAN dans le sud du pays auront également une fonction de "soutien" aux troupes afghanes dans la lutte contre la drogue et pour la sécurisation de la frontière afghano-pakistanaise. C’est au commandant de l’opération ISAF (qui sera alors britannique) qu’il appartiendra d’interpréter ces nouvelles règles.

La France, qui est a priori hostile à une extension politique et civile du rôle de l’OTAN - en Afghanistan comme ailleurs -, a dû accepter sur ces deux points des "compromis", reconnaît un diplomate. Mme Rice, ainsi que Jaap de Hoop Scheffer, s’est félicitée de l’évolution du rôle de l’Alliance, qui, outre ses missions militaires, s’investit désormais au Proche-Orient et assume des missions humanitaires. Mme Rice y voit une preuve de l’"avenir brillant" qui attend l’Alliance atlantique, alors que M. Douste-Blazy martèle que "la vocation, la crédibilité et la légitimité de l’OTAN sont avant tout militaires".


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