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Près de Berlin, le "pont des espions" se dote d’un musée

Arnaud Bouvier, AFP

samedi 7 novembre 2009, sélectionné par Spyworld

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Aux grandes heures de la Guerre froide, Américains et Soviétiques y échangeaient leurs espions. Vingt ans après la chute du Mur, le pont de Glienicke, qui reliait Berlin-Ouest à la RDA, est désormais doté d’un musée qui retrace ce passé.

La petite exposition est logée dans une belle villa du XIXe siècle située à quelques mètres du pont, sur ce qui fut la rive "communiste" de la rivière Havel. La villa vient d’être rénovée et transformée en musée, à l’iniative d’investisseurs privés.

Elle doit être inaugurée dimanche, à la veille des festivités marquant les 20 ans de la chute du Mur, en présence de la chancelière Angela Merkel, de l’ancien dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, et de l’ex-secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger, un des acteurs-clefs de la Guerre froide.

Au milieu de ce pont métallique, qui enjambe la Havel dans les faubourgs boisés de la capitale, une ligne blanche a matérialisé pendant des décennies la frontière quasi-infranchissable entre d’un côté le secteur américain de Berlin-Ouest, et de l’autre Potsdam, ville de la RDA communiste.

A l’époque, le pont était en fait peu utilisé. "Il n’était ouvert qu’aux militaires des forces d’occupation et, les dernières années, aux diplomates. Mais aucun Allemand ne pouvait traverser, ni dans un sens ni dans l’autre", explique Lena Macula, la commissaire de l’exposition.

De fait, le pont de Glienicke est resté mondialement célèbre pour avoir été le lieu où CIA et KGB ont échangé des espions, qu’ils "restituaient" ainsi au camp ennemi, souvent après les avoir maintenus en détention pendant des années.

"C’était l’un des seuls endroits au monde où Américains et Soviétiques se faisaient face" directement, explique, dans le catalogue de l’exposition, l’ancien directeur de la CIA William Colby (décédé en 1996). "La moitié du pont était à eux, l’autre à nous. Quand nos deux Etats voulaient régler discrètement quelque chose, c’était le meilleur endroit pour le faire".

Avec des document d’époque et des témoignages, des bornes interactives vidéo racontent ces échanges spectaculaires, qui n’ont eu lieu en fait qu’à trois reprises en tout et pour tout (en 1962, 1985 et 1986) et n’ont concerné que 38 personnes.

L’exposition s’intéresse particulièrement au dissident soviétique Nathan Chtcharansky, condamné en 1977 pour trahison et espionnage, et libéré via le pont le 11 février 1986, après des années de goulag. Dans son cas, il ne s’agissait pas à proprement parler d’un échange, car selon les Américains il n’était pas un espion, mais un prisonnier politique. Après son passage à l’Ouest, Chtcharansky devint ministre en Israël.

Des Allemands ordinaires témoignent également de ce qu’était leur vie dans la zone-frontière (côté RDA), à quelques mètres des hautes clôtures métalliques qui les empêchaient d’accéder aux berges de la rivière. "On ne peut pas oublier cette vision. On se sentait enfermés", témoigne ainsi Ilona Schenzer, qui a vécu de 1963 à 1977 dans les environs immédiats du pont. "Derrière la clôture, on voyait l’eau, la forêt, et on se disait : +derrière, il y a quoi ?+"

La petite exposition se conclut par l’évocation du 10 novembre 1989, lendemain de la chute du Mur. Ce jour-là, le pont de Glieniecke fut envahi par une foule immense d’Allemands euphoriques.

Aujourd’hui, une simple plaque commémorative rappelle que ce pont fut un haut lieu de la Guerre froide. Et le nouveau musée de la "Villa Schöningen" abrite un petit bout du Mur de Berlin, dédicacé par Mikhaïl Gorbatchev, l’ex-président américain George Bush père et l’ancien chancelier allemand Helmut Kohl.


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