mardi 12 décembre 2017

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Markus Seiler : « Le nombre croissant de cas d’espionnage m’inquiète »

Laurent Duvanel, le Matin

dimanche 8 novembre 2009, sélectionné par Spyworld

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Les services secrets suisses ont souvent défrayé la chronique. En travaillant avec des militaires sud-africains dangereux ou en prétendant surveiller les responsables de mosquées. Le nouveau chef des services de renseignements, Markus Seiler, parle pour la première fois de la mission des James Bond helvétiques

Markus Seiler, êtes-vous déjà descendu dans les sous-sols des services de renseignements ? Y trouve-t-on encore quelques cadavres ?

(rires) Non, il n’y en a pas. Ces derniers temps, j’ai eu de nombreux contacts avec d’anciens chefs des services de renseignement. Peter Regli, Hans Wegmüller et Urs von Daeniken m’ont assuré qu’il ne sommeille aucun dossier qui pourrait ressurgir.

Quelle est la probabilité que vous soyez contraint de démissionner suite à un scandale ?

Cela fait partie de mon job d’assumer, dans les pires cas de figure, la responsabilité des opérations mal barrées même si je n’ai rien à me reprocher personnellement. Mais le risque est minime. Je suis impressionné par le sérieux des services.

Vous allez devenir chef des services de renseignements internes et étrangers. Envisagez-vous d’organiser la récolte de données de manière différente ?

Pas de façon fondamentalement différente. Nous étudions cependant l’opportunité d’établir dans les ambassades suisses plus de bases civiles de collecte de renseignements.

Jusqu’à présent, les attachés militaires de la Suisse servaient d’antennes pour les services de renseignements. Va-t-on diminuer leur nombre ?

Non. Les agents du service de renseignement civil ne seront pas engagés au détriment des attachés militaires. Dans beaucoup de pays les attachés militaires rendent d’éminents services.

Prendrez-vous des risques personnels pour obtenir des informations importantes ?

Oui, d’entente avec ceux qui donnent les ordres. Dans ce métier, le risque zéro est à éviter.

Le Département des affaires étrangères (DFAE) ne souhaite pas que le service de renseignements s’occupe de l’affaire libyenne. L’administration se méfie-t-elle de vos services ?

Nous collaborons de manière satisfaisante avec le DFAE. Je ne peux rien dire sur le cas libyen. Il est cependant vrai que le service de renseignement est mal connu de l’administration en général. C’est à nous de montrer ce que nous pouvons offrir.

A l’interne, les services secrets allemands se sont plaint que la Suisse en faisait trop peu dans le dossier du terrorisme...

On entend parfois de telles critiques. Nous devons alors expliquer à nos partenaires étrangers les limites sévères que nous imposent les autorités politiques.

Souhaiteriez-vous avoir plus de compétences pour agir en Suisse ?

A moyen et long terme, il faudra se poser la question : pouvons-nous arriver à des résultats suffisants avec les armes très émoussées dont nous disposons ? Contrairement aux autres services européens, nous ne pouvons pas écouter de conversations téléphoniques ou dissimuler de micros.

Y a-t-il d’autres lacunes à combler au plan suisse ?

La Suisse est un pays ouvert avec une économie ouverte ; elle abrite une multitude d’organisations internationales. Voilà pourquoi nous sommes un carrefour apprécié des agents secrets. Nous devons disposer de plus de gens pour le contre-espionnage. Et les entreprises, l’administration et les instituts de recherche doivent prendre conscience de la nécessité de renforcer leur sécurité. Le nombreux croissant de cas d’espionnage m’inquiète beaucoup.


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