dimanche 22 octobre 2017

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Le délégué général à l’armement : "On retrouve les chiffres d’affaires de la grande époque"

Propos recueillis par Dominique Gallois et Nathalie Guibert, le Monde

samedi 14 novembre 2009, sélectionné par Spyworld

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Le sort de deux projets stratégiques pour la défense française doit être scellé dans les semaines à venir : un contrat avec le Brésil, comprenant la vente de 36 avions de combat Rafale produits par Dassault ; et le programme européen d’avions de transport militaire A400M (EADS), ralenti par d’innombrables déconvenues.

Au-delà de ces deux projets toujours incertains, l’industrie de défense se porte bien, assure Laurent Collet-Billon, le délégué général pour l’armement depuis juillet 2008. Le ministre de la défense, Hervé Morin, sera au salon aéronautique de Dubaï le 15 novembre.

La direction générale de l’armement (DGA, 12 000 personnes) est le maître d’ouvrage des programmes d’équipement des armées et l’acteur étatique chargé du soutien aux exportations.

Quel est l’impact de la crise sur le marché de l’armement ?

Le marché mondial de l’armement est en croissance continue, à 70 milliards d’euros cette année. Nous allons exporter pour 7 milliards d’euros en 2009, et cette croissance se poursuivra en 2010, certainement grâce au Rafale. La France reste le quatrième exportateur mondial. On retrouve les chiffres d’affaires de la "grande époque". Mais avec la crise, on voit réapparaître des acteurs extrêmement agressifs au plan commercial, Chinois, Russes, Américains.

Les commandes passées par la DGA dans l’industrie et la recherche vont atteindre les 20 milliards en 2009, grâce à l’exécution budgétaire. Le plan de relance a donné 1,4 milliard. La loi de programmation militaire permettra par exemple, dans le domaine spatial, de réaliser le programme d’observation Musis, de même qu’un satellite d’écoute CERES à l’horizon 2015, et un satellite d’alerte en 2018. Nous n’en sommes pas à la perspective d’une contraction des programmes. D’autres pays européens sont plus directement atteints.

Nous avons démontré notre aptitude à transformer les crédits publics en contrats passés à l’industrie. C’est pourquoi nous sommes prêts à participer au grand emprunt, avec des projets de technologie duale, civile et militaire : par exemple, un hélicoptère militaire de 4 à 5 tonnes à l’horizon 2020, pour plusieurs centaines de millions d’euros, à parts égales entre industrie et grand emprunt.

L’avenir d’un projet européen phare, l’A400M, est-il assuré ?

Nous sommes partis d’une situation catastrophique au plan industriel, technique, calendaire, financier. Si c’était à refaire, on ne le referait pas comme cela. Depuis la réunion des ministres de la défense au Castellet (Var), en juillet, il y a un souci d’aboutir entre les Etats et Airbus Military. Un audit financier sur les comptes A400M d’EADS sera disponible au début de la semaine prochaine. A partir de là, nous allons attaquer la négociation financière.

On s’est donné jusqu’à la fin de l’année pour aboutir. Tout le monde perd de l’argent quand les programmes sont en retard. Nous allons nous pencher sur la question de savoir si des sous-traitants ne sont pas en péril. Cet avion va voler fin novembre-début décembre. C’est un bon avion.

En France, nous maintenons la quantité d’appareils commandés. Nous partons d’une flotte de Transall anciens, il y a un besoin à satisfaire, en Afghanistan ou ailleurs. La négociation financière avec Airbus doit conduire à conformer ce nouveau contrat à la loi de programmation militaire. Les commandes qui n’y entreront pas seront reportées et étalées au-delà de 2020.

Où en sont les négociations avec le Brésil sur le Rafale ? Le prix à l’unité a-t-il été baissé de 40 % par rapport aux 98 millions d’euros proposés, comme le dit la presse brésilienne ?

Tout ce qui est dit sur le prix et la réduction du prix est faux. Il est comparable à celui d’un Rafale français avec tous ses équipements. Nous espérons arriver à un accord le plus vite possible, début 2010.

Les militaires se plaignent d’attendre le drone de renseignement au contact, le DRAC d’EADS, en Afghanistan. Quelle est votre politique en matière d’avions sans pilote ?

Le DRAC, drone de reconnaissance à courte portée, doit être adapté aux conditions de l’Afghanistan. Une solution sera trouvée avant l’été 2010. Le drone de longue distance Harfang d’EADS fonctionne bien, nous sommes d’ailleurs en train d’en acquérir un quatrième. Quant au projet de drone de surveillance, nous travaillons avec l’Allemagne et l’Espagne sur l’Advanced UAV. Nous prendrons une décision en 2010. Mais on veut un calendrier réaliste. Nous gardons d’autres options en réserve : le projet de Dassault avec Thales, celui du britannique BAE, ou l’achat de drones américains Predator.

Vous encouragez des restructurations industrielles. Qu’en est-il de Nexter (armement terrestre) et de DCNS (naval) ?

Thales nous avait exprimé son intérêt pour devenir un acteur de l’armement terrestre en reprenant Nexter. Depuis, l’actionnariat a changé avec l’entrée de Dassault Aviation. Nous attendons de connaître la position du nouveau patron, Luc Vigneron. Nexter doit trouver des partenariats.

Dans le secteur naval, nous sommes dans une situation absurde, où il y a trop de chantiers en Europe, qui se font parfois concurrence pour le même sous-marin. Il faut se regrouper. Cependant, la donne vient de changer avec la prise de participation majoritaire d’un fonds d’Abou Dhabi dans l’allemand ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS). Nous allons rencontrer le gouvernement allemand pour savoir s’il reste une possibilité d’alliance.

En entrant chez Thales, Dassault est devenu un acteur de poids dans tous les secteurs. Qu’est-ce que cela change pour la DGA ?

Au début de l’année, certains m’ont dit : "Cela va constituer un ensemble qui fera 30 % des commandes des forces armées en France, une entité non manoeuvrable." Le constat que je fais est autre, car on négocie les contrats indépendamment avec Dassault et Thales. Je l’ai vu sur la nouvelle tranche du Rafale, qui porte sur 60 appareils.

Avez-vous d’autres projets de réorganisations industrielles ?

Il ne nous appartient pas de dire à chaque entreprise ce qu’elle doit faire, même si l’Etat est actionnaire de la plupart d’entre elles, à l’exception de Dassault Aviation. La défense a donné de la visibilité à l’industrie en termes de commandes pour les années à venir. En retour, nous attendons qu’elle se mette en ordre de bataille et mène des regroupements en Europe.


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