vendredi 20 octobre 2017

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Au salon aéronautique de Dubaï, Hervé Morin renouvelle son opposition à une défense antimissile

Jean Guisnel, Le Point.fr

dimanche 15 novembre 2009, sélectionné par Spyworld

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Le ministre de la Défense Hervé Morin a fait un aller-retour ce week-end au salon aéronautique de Dubaï, qui se tient entre professionnels sur l’immense aéroport de la ville, sans participation du public. À l’occasion de ce déplacement, il a eu un entretien avec Cheikh Mohamed Ben Zayed Al-Nahyane, prince héritier de l’émirat d’Abou Dhabi et commandant en chef adjoint des forces armées émiraties. Objet de la discussion : le contrat Rafale qui, selon le ministre, "avance à un bon rythme". Certains des industriels français de l’aéronautique et de la défense présents à Dubaï continuent d’avancer discrètement leurs arguments pour que la France se lance dans un projet ambitieux de défense antimissile, ce qui leur a valu une réponse assez vigoureuse d’Hervé Morin, citant la ligne Maginot : "Dans l’histoire de l’humanité, le bouclier l’a-t-il emporté une seule fois sur le glaive ? Jamais..."

La France ne s’est engagée que dans une lutte antimissile dite "de théâtre", c’est-à-dire de ses forces armées, à l’aide de la famille de missiles sol-air à moyenne portée Aster , en versions terrestre et navale. À ce stade, Paris n’est pas engagé dans un programme d’interception de missiles hors de l’atmosphère, ou à autre altitude. L’opposition française à un bouclier antimissile ne date d’ailleurs pas d’aujourd’hui. Sous la première présidence de François Mitterrand, la France s’était montrée très hostile à "la guerre des étoiles" voulue par le président américain Ronald Reagan.

"Si on fait une défense antimissile, n’est-ce pas dire que nous n’avons pas confiance dans la dissuasion ?

Hervé Morin a rappelé que durant la cohabitation avec le Premier ministre Édouard Balladur, la question avait été remise sur le tapis, avec la même réponse : non. Le dogme stratégique français est connu : notre pays se protège de toute attaque majeure avec la dissuasion nucléaire. Un ennemi qui enverrait un missile sur la France - mettant ainsi en péril ses intérêts vitaux - prendrait le risque d’une riposte nucléaire. Donc, il est inutile de se protéger contre les missiles. CQFD. Et Hervé Morin d’expliquer : "Si on fait une défense antimissile, n’est-ce pas dire que nous n’avons pas confiance dans la dissuasion ? Si vous estimez être respecté, pourquoi mettre en place un tel système ?"

Le ministre a reproché aux industriels de remettre sans cesse ce sujet en avant : "Quand on ferme la porte, ils passent par la fenêtre, et quand on la ferme aussi, ils passent par la cheminée." Il a donc une fois de plus fermé cette porte, expliquant que ce projet "colossal" coûterait plusieurs dizaines de milliards d’euros. Dans son discours de Cherbourg sur la dissuasion nucléaire, le 21 mars 2008, Nicolas Sarkozy avait estimé qu’un tel dispositif serait un "complément utile" à la dissuasion nucléaire, tout en ajoutant qu’une défense antimissile ne serait jamais "assez efficace pour préserver nos intérêts vitaux". À ce stade, la France n’a pas prévu d’aller plus loin que les études d’un programme d’alerte avancée. Deux microsatellites du démonstrateur pour l’alerte avancée Spirale (Système préparatoire infrarouge pour l’alerte) ont été lancés à cet effet de Kourou en février dernier.


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