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« M. X », histoire d’un Avesnois « espion » en Allemagne de l’Est

Marie-Claude Guillement, La Voix du Nord

mercredi 18 novembre 2009, sélectionné par Spyworld

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Pour donner son identité, l’homme à l’imperméable qui lui couvre le corps tend des papiers écrits en cyrillique russe. Incompréhensibles. Il les range et tend des papiers allemands, où l’on ne peut déchiffrer que son patronyme : René Jacquinet, né en 1948. C’est tout ce qu’on saura sur ce Français qui a fait deux séjours à Berlin, dont le dernier en tant qu’agent à la Mission militaire française de liaison (MMFL) auprès du Haut Commandement soviétique, de 1986 à 1989.

L’homme se dévoilera un peu plus. On saura qu’il est né en 1948 à Avesnes-sur-Helpe, qu’il y a fait sa scolarité, puis qu’il a été militaire pendant 23 ans, dans les Transmissions. Il a suivi plusieurs formations spéciales à l’École interarmées du renseignement linguistique à Strasbourg et à Versailles. Il a fait un premier séjour à Berlin de 1969 à 1972 ; il a été détaché au ministère des Affaires étrangères en Roumanie ensuite ; de 1983 à 1986, il était à Trèves en Allemagne, avant de revenir à Berlin de 1986 à 1989, pour assurer la liaison entre les grands commandements français et russes. « Comme j’avais la possibilité de me déplacer partout, on m’a demandé de faire du renseignement », révèle-t-il. « Les Soviétiques savaient très bien ce qu’on faisait et le permettaient parce qu’ils faisaient de même avec leurs agents de liaison. » « Le service a disparu avec la chute du mur », alors fin 89, René Jacquinet a repris une carrière dans le civil. En 1991, il est revenu en France et a travaillé dans le privé, en tant que responsable de l’Intelligence économique dans un grand groupe industriel à Versailles. Il est retraité depuis février 2008 et habite la région.

Il a vécu à Berlin Ouest avec sa famille (sa femme, son fils de 14 ans et sa fille de 12 ans). « Ils avaient une vie dorée dans un grand appartement luxueux, sans aucun contact avec les Allemands. Mes enfants ont fréquenté le lycée français », raconte-t-il. Lui avait son bureau dans le quartier Napoléon. Il parle très bien l’allemand, se débrouille « pour lire le cyrillique russe et connaît quelques phrases de survie » ; il a fait du renseignement opérationnel (militaire), politique, industriel (quand il a retrouvé la vie civile, il est passé au renseignement économique et social).

« Un agent de la MMFL a deux missions : le renseignement et l’alerte. Quand je devais passer à l’Est parce que des mouvements ou des activités étaient notés, j’appelais ma femme qui me préparait des repas vite-fait ; je rentrais m’équiper avant de me rendre à "notre" villa à Postdam où on se passait les consignes avec l’équipe qui sortait de l’Est. J’avais toujours un pilote (un sergent) avec moi, et mon sac à dos avec les instruments de recueil (tout ce qui aide à recueillir des renseignements : cartes routières et ferroviaires spéciales, appareil photo équipé, magnétophone, dictaphone, scanner pour écouter...). Je pouvais être parti plusieurs jours. »


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