mercredi 18 octobre 2017

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La fusée Ariane propulsera Hélios 2B dans l’espace le 9 décembre

Philippe Cohen-Grillet, France Soir

vendredi 27 novembre 2009, sélectionné par Spyworld

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Réussite européenne, ce nouvel équipement ultrasophistiqué permet d’établir des cartes, de scruter des mouvements de troupes ou des activités nucléaires. Le tout de jour comme de nuit avec une précision de quelques mètres !

Nos militaires ne sont pas dans la Lune, mais ils ont tout de même la tête dans les étoiles. Et pour l’armée française, c’est Noël avant l’heure. Les galonnés attendent le 9 décembre, date à laquelle sera mis en orbite le dernier-né des satellites espions tricolores, qui répond au doux nom d’Hélios 2B et ressemble à un gigantesque cadeau high-tech enrobé de papier doré. Cet équipement de très haute précision permet de fournir du renseignement aux plus hautes autorités de l’Etat comme aux troupes qui crapahutent sur le terrain. Le général de brigade Bernard Lapprend trépigne déjà d’impatience à l’idée de voir s’élever dans le ciel de Kourou, en Guyane, la fusée Ariane 5 qui emmènera le nouvel Hélios vers ses missions. « Il s’agit d’un événement important pour nos concitoyens, pour les forces armées, pour nos partenaires européens, pour l’Europe de la défense ! », s’enthousiasme celui qui s’est taillé le surnom le « général Espace » et qui pourrait diriger le futur Commandement interarmées de l’espace (CEI qui sera créé en juillet 2010).

Partage entre alliés

Le 9 décembre à 17 heures (heure de Paris), les bouchons de champagne ne vont pas accompagner Ariane dans les airs uniquement à l’état-major parisien. Car le programme Hélios est aussi un bijou technologique qui couronne la réussite d’un partenariat européen – suffisamment rare pour être souligné. Au noyau dur des pays à l’origine de l’aventure en 1995 (France, Italie et Espagne), se sont joints la Belgique et la Grèce, ainsi que l’Allemagne, liée, comme la péninsule transalpine, par un accord d’échange de données recueillies par leurs propres satellites. En clair, Paris est bien le fer de lance de cet ambitieux projet au budget d’1,8 milliard d’euros sur dix ans, mais chaque partenaire –et donc contributeur – bénéficie des images très indiscrètes et secrètes captées par Hélios.

Les cafouillages des débuts

Concrètement, chaque état-major transmet, quotidiennement, ses desiderata quant aux recoins du globe qu’il souhaite scruter. La demande, codée et qui reste donc confidentielle, est traitée sur le site opérationnel de Creil (Oise). Hélios est alors programmé et entreprend ses prises de vue, de jour comme de nuit grâce à des capteurs infrarouges. Ce partage des images relève d’un domaine théoriquement ultrasecret. Car savoir ce que l’Italie ou l’Espagne veut espionner révèle évidemment les préoccupations de leurs gouvernements, de leurs armées, mais aussi leurs inquiétudes, voire leurs faiblesses. Aux premiers mois du programme, ce souci de discrétion a été à l’origine de savoureux quiproquos. Un général français, qui fut aux premières loges, s’est confié à France-Soir : « au début du programme Hélios, j’intégrais les données géographiques des sites qui nous intéressaient, puis des officiers italiens et espagnols faisaient de même, en toute confidentialité ». Stupeur, après avoir mouliné, le superordinateur indiquait que le satellite fournirait bien moins d’images que ce qui était attendu, provoquant la colère jupitérienne des états-majors, qui, accessoirement, avaient investi des sommes folles. « Nous avons fini par comprendre d’où venait le bug, poursuit le général. En fait, nous voulions tous observer les mêmes sites ! Mais le satellite traitait chaque demande séparément et se reparamétrait à chaque fois ! »

Une précision secret-défense

Aujourd’hui, pas besoin d’être dans le secret des dieux pour deviner que tous les pays partenaires d’Hélios développent une curiosité débordante pour – au hasard – certains sites nucléaires iraniens ou certains recoins d’Afghanistan. Hélios 2B permettra d’établir des cartes ultraprécises, de surveiller les activités « proliférantes » (c’est-à-dire le développements de programmes nucléaires militaires), de modéliser en 3D des reliefs, des villes, ou encore d’aider au ciblage des missiles balistiques. La précision de la résolution des images d’Hélios 2B est classée secret-défense. Tout juste le général Lapprend concède-t-il qu’elle est de « quelques dizaines de mètres et permet d’identifier un camion ou un pik-up ». Le gradé est trop modeste. En fait, la précision serait de quelques mètres à peine. Et l’avenir de l’espionnage spatial promet des progrès fulgurant. Vers 2015, le programme européen Musis (qui implique les pays précités) prendra la relève des satellites Hélios. Son acuité sera encore plus fine et les images fournies seront en couleurs. Dans ce futur proche, si vous lisez votre journal préféré en pleine rue, l’état-major saura grâce à Musis que vous êtes en train de dévorer France-Soir !


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