dimanche 22 octobre 2017

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Pas de liberté sans droit à l’oubli dans la société numérique

Yann Padova, Secrétaire général de la CNIL

vendredi 27 novembre 2009, sélectionné par Spyworld

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Les applications du Web 2.0, et notamment les réseaux sociaux, font exploser le nombre d’informations personnelles accessibles sans limitation de durée sur Internet. Les photos de soirées arrosées ou de vacances en maillot de bain sont mises en ligne sur Facebook. Des plaisanteries plus ou moins douteuses, des opinions politiques, des préférences sexuelles, des relations privées sont affichées sur des blogs. Les films personnels sont diffusés sur des sites vidéo – de plus en plus souvent à l’insu des personnes concernées-.

La diffusion de ces informations sur le réseau peut avoir des conséquences désastreuses : nombre de professionnels (ressources humaines, compagnies d’assurances, recherche de personnes disparues…) utilisent désormais de manière routinière des données extraites d’internet pour vérifier, compléter ou valider des dossiers de candidats, de salariés ou de clients.

Dès lors, comment réagir lors d’un entretien d’embauche quand votre interlocuteur vous avoue qu’il doute que vos opinions politiques, affichées sur Facebook, soient compatibles avec les valeurs de l’entreprise ? Comment gérer les conséquences sur sa vie personnelle d’une condamnation judiciaire reprise sur un site Internet, sans limitation de durée, alors même qu’une publication par voie papier n’aurait eu qu’un effet ponctuel et que le casier judiciaire prévoit l’effacement, au bout d’un certain temps, des condamnations ? Ou encore, comment éviter qu’un bailleur refuse de louer un appartement à un jeune professionnel quand il aura trouvé sur lui des preuves d’une vie étudiante agitée, mais révolue ?

Autant d’exemples concrets qui démontrent pourquoi il serait inacceptable que l’information mise en ligne sur une personne ait vocation à demeurer fixe et intangible, alors que la nature humaine implique, précisément, que les individus changent, se contredisent, bref, évoluent tout naturellement.

Il en va, pour tous, de la protection de la liberté d’expression et de la liberté de pensée, mais aussi du droit de changer d’avis, de religion, d’opinions politiques, la possibilité de commettre des erreurs de jeunesse, puis de changer de vie.

C’est pourquoi la CNIL se félicite du débat qui se noue actuellement en France sur ce sujet, qui souligne avec force le caractère fondamental du « droit à l’oubli » consacré par la « loi informatique et libertés ». A défaut de ce droit, il n’y aurait aucune liberté dans notre société numérique.


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