mercredi 13 décembre 2017

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Nucléaire iranien : l’AIEA siffle la fin de partie

Maurin Picard, le Figaro

vendredi 27 novembre 2009, sélectionné par Spyworld

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Avec le vote d’une résolution condamnant Téhéran, l’agence atomique rend le dossier à l’ONU.

Les grandes puissances nucléaires ont affiché une surprenante unité de ton face à l’Iran en soutenant jeudi, au siège de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) à Vienne, le vote d’une résolution condamnant l’Iran pour avoir dissimulé l’existence d’un site clandestin d’enrichissement d’uranium à Fordo, près de Qom.

Exprimant une « sérieuse inquiétude » à propos d’éventuelles autres installations nucléaires dissimulées par Téhéran, le groupe des Six réunissant les cinq États membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies (États-Unis, Chine, Russie, France et Grande-Bretagne) et l’Allemagne sont parvenu à rassembler 25 voix, soit une majorité parmi les 35 sièges que compte le conseil des gouverneurs, l’organe exécutif de l’agence atomique, avant la tenue du vote vendredi.

Aveu d’impuissance des inspecteurs de l’agence

Cette solidarité formelle entre grandes puissances était loin d’être acquise. D’intenses tractations en coulisses ont permis de retourner les deux soutiens traditionnels du régime iranien, la Russie et la Chine, plutôt réticentes à sanctionner un partenaire commercial si précieux. Pékin aurait été convaincu par des émissaires venus de Washington de la nécessité d’accroître la pression sur les Iraniens, tandis qu’Israël considère désormais les progrès nucléaires du régime chiite comme une « menace existentielle ». Or une guerre au Moyen-Orient perturberait sensiblement les exportations de gaz et de pétrole dont dépend fortement l’économie chinoise.

Cette résolution ne change pas fondamentalement la donne, l’Iran se trouvant déjà sous le coup de trois volets de sanctions internationales depuis le printemps 2006, du fait de son refus à stopper ses activités d’enrichissement de l’uranium. Selon des diplomates occidentaux, en appelant le directeur général de l’AIEA, Mohammed ElBaradei, à rendre compte au Conseil de sécurité, elle vise à « marquer formellement » la frustration de l’agence atomique, embourbée depuis près de sept ans dans une interminable enquête en territoire iranien, et son impuissance face aux violations répétées par le régime islamique de ses obligations en matière nucléaire.

L’AIEA « se trouve dans l’incapacité de statuer sur la nature pacifique du programme nucléaire iranien », a répété jeudi Mohammed ElBaradei, qui abandonnera ses fonctions lundi après douze années passées à la tête de l’agence.

Rappelant que Téhéran refusait toujours de communiquer sur une « possible dimension militaire » de son programme nucléaire, il constate que « cela fait maintenant plus d’un an, depuis que l’agence a pu aborder pour la dernière fois ces questions en suspens avec l’Iran ».

À moins que Téhéran ne reconsidère un accord avorté de fourniture d’uranium enrichi à des fins médicales, « nous avons vraiment atteint le fond de l’impasse », épiloguait le haut fonctionnaire égyptien, Prix Nobel de la Paix 2005 pour ses efforts dans le cadre de la lutte antiprolifération et qui rêvait sans doute d’une sortie plus glorieuse.

« Qu’ils votent cette résolution, avertissait jeudi l’ambassadeur iranien auprès de l’AIEA, Ali Asghar Soltanieh, et il y aura des conséquences à long terme. Cela pourrait mettre en danger l’atmosphère constructive qui prévalait jusqu’ici. » « En clair, ce ne sera plus la peine de demander aux Iraniens de se montrer plus coopératifs », renchérissait un diplomate soutenant Téhéran.


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