dimanche 17 décembre 2017

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L’union sacrée des polices d’élite face au terrorisme

Christophe Cornevin, le Figaro

lundi 30 novembre 2009, sélectionné par Spyworld

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Près de 500 « superflics » vont être mobilisés au sein d’une inédite Force d’intervention de la police nationale. Leurs missions ? Résoudre les prises d’otages complexes et déjouer les attaques kamikazes qui menacent la France.

Après les attentats du 11 Septembre à New York, ceux de Londres et de Madrid, la France ne cesse d’anticiper une frappe terroriste de grande ampleur. L’exercice d’état-major qui s’est joué à la veille de Noël dernier dans le bunker de crise du ministère de l’Intérieur était apocalyptique. Il s’inspirait de la vague d’attentats qui venait d’ensanglanter Bombay, au soir du 26 novembre 2008, avec un bilan de 166 morts et 300 blessés.

Baptisée « Dhabiha » (méthode d’abattage rituel dans l’islam, NDLR), l’opération imaginée par les services spécialisés français, et dont le détail a été porté à la connaissance du Figaro, met en scène un groupe de 34 fanatiques religieux exécutant sept attaques conjointes à travers le pays. Entre 8 h 45 et 10 h 10, ils actionnent une double bombe sur le parvis de la gare Montparnasse à Paris, font exploser l’Hôtel du Palais des congrès ainsi que le Stade-Vélodrome à Marseille. Dans le même temps, quatre commandos armés prennent en otages des dizaines de personnes à l’Hôtel Crillon à Paris, à l’aéroport du Bourget, dans une tour de la Défense occupée par un groupe pétrolier et une autre à Lyon, où siège une banque.

Équipées de mitraillettes courtes, d’armes de poing, de couteaux et, pour certains, de grenades, les terroristes exigent la venue de la presse et menacent d’égorger leurs victimes. Alors que les plans « rouge » et « blanc » ont été virtuellement déclenchés, les grands patrons de la gendarmerie et de la police ont animé pendant des heures cette haletante simulation pour éprouver le savoir-faire des forces d’élite.

À l’instant du débriefing, le constat était clair : aucune unité, aussi forte soit-elle, n’aurait été en mesure de prendre seule en compte un tel scénario. Ainsi, les brigades anticommandos (BAC) de la préfecture de police de Paris auraient peiné à neutraliser les illuminés séquestrant les clients du Crillon sans l’appui des « superflics » du Raid. Ces derniers, basés dans leur austère QG de Bièvres, n’auraient pu faire face qu’à deux scènes de crise majeure simultanées. Même en ayant à disposition trois hélicoptères Puma sur le tarmac voisin de Villacoublay, ils auraient en outre mis quatre heures pour projeter une équipe sur Lyon. Il faut dire que chaque homme voyage avec un paquetage de 30 kilos d’armement et sa panoplie. Et qu’un avion Transall serait indispensable pour acheminer environ 1,5 tonne de matériel d’effraction, de vision nocturne et de longue portée, d’écoute ainsi que de munitions lourdes.

« Depuis les Jeux olympiques de Munich en 1972, les actions terroristes dans le monde ont évolué dans le sens des commandos kamikazes et des prises d’otages en lieux multiples. Bombay a créé les conditions d’une prise de conscience générale », résume le commissaire divisionnaire Amaury de Hauteclocque, patron du Raid. Petit neveu du maréchal Leclerc, de Hauteclocque, ce policier pugnace aujourd’hui âgé de 43 ans est un fin connaisseur de la matière pour avoir déjà notamment dirigé la section antiterroriste de la brigade criminelle. « Une mouvance déterminée pourrait entraîner une calamiteuse dispersion des forces pour créer les conditions d’un chaos, assure-t-il. Avant, les prises d’otages du Théâtre de Moscou puis de l’école de Beslan en Tchétchénie avaient donné l’alerte, mais la crise restait circonscrite. Depuis les attentats de Bombay, on étudie d’autres hypothèses, comme celle de commandos armés débarquant au Havre et remontant jusqu’à Paris par la Seine. »

Les analystes du Raid considèrent que le nombre de terroristes déterminés à mourir est devenu le critère primordial dans la gestion de crise, plus que celui des personnes retenues. Plutôt que de parler classiquement des prises d’otages massives (POM), ils préfèrent explorer le nouveau concept de prises d’otages complexes (POC) se traduisant par une multiplicité de kamikazes se séparant pour sévir sur un théâtre éclaté. Pour étreindre un tel spectre, l’union des forces s’impose comme unique planche de salut.

Une seule bannière

Sous l’impulsion de Frédéric Péchenard, directeur général de la police nationale, une inédite force d’intervention de la police nationale (FIPN) vient de voir le jour. Elle intègre pour la première fois sous une seule bannière, autour d’un pivot composé de 120 hommes du Raid, les quelque 270 athlètes, tireurs d’élites et logisticiens des brigades anticommandos de la préfecture de police de Paris dont ceux de l’antigang - ainsi que 200 policiers issus des dix groupes d’intervention de la police nationale disséminés en métropole et dans les Dom-Tom. Disposant de solides ancrages locaux, ces derniers seront les têtes de pont de cette force de frappe peu commune.

Capable de mobiliser 500 « superflics » en cas de coups durs, la FIPN avait été scellée sur le papier par un protocole signé le 17 juillet dernier par Brice Hortefeux. Le ministre de l’Intérieur accomplissait là un de ses premiers actes comme locataire de la place Beauvau. Mardi matin, il se déplace à Bièvres pour inaugurer cette fois cette structure opérationnelle lors d’une démonstration hollywoodienne. Animée au quotidien par le commissaire Jean-Pierre Desprès, qui aura la charge de faire monter en puissance cette redoutable machine, la FIPN a trois missions : outre les prises d’otages complexes, elle sera mise en alerte lors de grands événements comme une visite du Pape, un sommet du G 20 ou l’Euro de football 2016.

Grâce à un budget propre de plusieurs millions d’euros - luxe nécessaire en période de rigueur -, la FIPN disposera d’un futuriste attirail que ne renierait pas le légendaire « Q » cher à Ian Fleming. Outre des drones furtifs et espions, les superflics seront dotés d’une nouvelle génération de radars, de détecteurs thermiques et de plusieurs postes de commandement mobiles, encombrés d’électroniques et prépositionnés à travers le pays. Enfin, la FIPN pourrait s’affranchir de l’actuel réseau de communication Acropole au profit d’un système crypté, inviolable et numérique.

Task force à la française

D’ores et déjà, cette task force à la française, qui sera le pendant civil du GIGN, devra effectuer trois exercices majeurs par an. Selon nos informations, elle a sans attendre simulé dans la nuit de jeudi à vendredi dernier une attaque majeure visant la - bien nommée - tour de la Terreur, attraction vedette de Disneyland Paris. « Les intérêts américains en France restent une cible potentielle pour des fanatiques, confie-t-on au Raid. Intervenir dans une infrastructure où se mêlent familles et enfants, ainsi que dans les machineries souterraines, représentait un défi. » Dès le premier semestre 2010, la FIPN travaillera sur une prise d’otages complexe dans des rames et les stations d’un nœud ferroviaire du RER et du métro, comme les Halles, par exemple. Ensuite, les policiers en noir s’entraîneront en province sur un schéma d’attaque par plusieurs commandos d’un gros centre commercial, puis d’une gare centrale.

Au total, des dizaines de scénarios sont échafaudés, avec un maximum de réalisme, par une poignée de techniciens du Raid qui décortiquent chaque attaque kamikaze à travers le monde. « D’ici 2012, toutes les hypothèses feront l’objet d’un exercice de crise, révèle au Figaro Jean-Pierre Desprès. Nos hommes vont plancher sur la séquestration de touristes sur des bateaux-mouches sur la Seine, l’attaque kamikaze d’un immeuble de grande hauteur, et celles de palaces parisiens et de certaines représentations diplomatiques. » Dans un lieu tenu secret, le Raid dispose de 300 plans très détaillés d’ambassades, de musées, mais aussi sites classés « sensibles », comme le siège d’Areva, du Commissariat à l’énergie atomique ou encore de certains médias comme TF1.

« Dans un futur proche, les accès, la structure ou encore toutes les données techniques de chaque bâtiment seront modélisés en trois dimensions avec l’aide d’ingénieurs de Dassault Systèmes afin de parfaire notre connaissance du milieu », confie un haut fonctionnaire. Le Raid a même créé en son sein un très discret « groupe tubulaire », qui expérimente d’originales techniques d’assaut dans les tunnels et les trains. Dès l’année prochaine, ces experts projettent de mener avec leurs homologues anglais une très épineuse simulation de prise d’otages sous la Manche, dans l’Eurostar.

Au cours d’une saga déjà longue de vingt-cinq ans, émaillée de faits d’armes, comme la neutralisation de « Human Bomb » dans l’école maternelle Commandant-Charcot de Neuilly, ou encore la capture d’Yvan Colonna, le Raid a encore fait la une de l’actualité en débusquant Jean-Pierre Treiber au cinquième étage d’un immeuble de Melun. « L’assaut était programmé pour ne durer que quelques secondes, car on avait peur que le garde-chasse n’échappe à son procès en se défenestrant », note un chef opérationnel. Plus que jamais, sang-froid et professionnalisme restent la marque de fabrique de ces policiers ayant choisi la panthère noire pour emblème.


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