mercredi 13 décembre 2017

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Corée du Sud : Quelles leçons de patriotisme... économique !

Mouna Kadiri, l’Economiste.com

mardi 13 décembre 2005, sélectionné par Spyworld

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Comment la Corée est devenue la 11e économie mondiale

- Le « miracle marocain » est du domaine du possible

- En quarante ans, le revenu par habitant multiplié par 200, dix fois celui d’un Marocain

« Work hard or die ». S’il fallait prendre la substance de la leçon coréenne ce serait bien celle-là(1). La Corée du Sud était 1,5 fois plus pauvre que le Maroc des années 60 (le PIB par tête était de près de 90 dollars, selon la Direction de la Statistique). Aujourd’hui, elle est dix fois plus riche. La Corée du Sud vient de très loin et occupe, après 40 ans de rude labeur et d’épreuves de toutes sortes(2), le 11e rang des économies mondiales les plus puissantes. A côté, le Maroc désire aller très loin lui aussi. Il se cherche encore. Une nouvelle politique industrielle est en route. Emergence est en train de se faire expliquer à travers tout le pays. Aussi, il réforme à tout va (du moins, on l’espère), comme la Corée à ses débuts de relève difficile (les années 60, 70 après l’occupation japonaise). La Corée du Sud ouvre donc ses horizons au Maroc. Si elle a réussi à multiplier par 200 (deux cents) son revenu par habitant en quatre décennies, elle reste préoccupée de son avenir(3) et du tassement de sa croissance. La Chine et l’Inde bouleversent déjà la donne mondiale et poussent le pays du 38e parallèle à redéfinir sa stratégie. La convergence des intérêts maroco-coréens séduit le Haut-commissariat au Plan. Celui-ci travaille sur la vision du Maroc en 2030. Et même si personne ne le crie tout haut, tout le monde cherche les clés de voûte de ce « miracle marocain » qui tarde à venir, et pourquoi pas comme le « miracle coréen » ? Le Haut-commissariat au Plan a réuni hier jeudi statisticiens, démographes, et autres experts et une délégation de la Corée du Sud pour échanger de riches points de vue.

- Résilience

Sont intervenus l’ambassadeur de la République de Corée, Jayson Park, le professeur émérite d’économies de l’Université de Corée Eui-Gak Hwang, le ministre coréen de l’OCDE, Taik-Hwan Jyoung, le directeur général de Samsung Electronics Maroc (leader mondial), Sang-Hyun Kim, et le directeur adjoint de la division de l’Afrique du Nord-Ouest au ministère des Affaires étrangères et du Commerce. Les Coréens ont beaucoup souffert. Ils ont connu la famine. Dans les années 60, un Coréen avait, en moyenne et par an, soixante dollars ! Aujourd’hui, il en a 15.000 (soit dix fois plus que celui du Maroc). Le travail devenait et reste une question de survie. La réussite fulgurante de la Corée c’est aussi un peuple uni face aux crises. Le pays s’est vaillamment relevé de la crise financière de 1997. Le professeur Hwang a ce don de l’anecdote qui vous livre le sens profond de ce que vit son pays. Il raconte, la tête haute, comment ses parents ont souffert pour financer ses études, comment il a affronté la misère, du temps où se nourrir était une préoccupation incessante... « En gros, pour les Coréens, c’est travailler, ou mourir. Mes grand-parents m’ont élevé. Mes parents ont dû vendre leur bétail pour subventionner mes études universitaires. Cette génération a fait des sacrifices durs », dit-il.

- L’éducation sacrée

« La Corée a eu une profonde volonté de s’en sortir. Le travail est sacré. L’éducation est très importante. Le capital humain est le seul capital réel que possède la Corée », poursuit le professeur émérite en économie. En effet, la Corée du Sud dispose de très peu de ressources naturelles. « Mais sans le former et l’éduquer, ce capital ne sert absolument à rien », renchérit le ministre coréen à l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), Taik-Hwan. « L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), c’est le groupe des pays développés. C’est la raison pour laquelle les Coréens ont tout fait pour y adhérer », résume l’ancien secrétaire général du ministère de l’Agriculture Hassan Bendabderrazik, modérateur de la table ronde du Haut-commissariat au Plan. Cela s’est fait en 1996, alors que la balance commerciale de la Corée du Sud est devenue excédentaire. En 1991, le gouvernement coréen, libéral, met l’importation des biens de capitaux étrangers au centre de sa stratégie de développement économique. Le taux d’intérêt national (court terme) était de 18% tandis que les taux directeurs internationaux ne dépassaient pas 6%.

- Toujours se battre

Le génie financier opère. Les licences pour importer les biens étrangers ont énormément enrichi la Corée. La concurrence des institutions financières pour attirer ces capitaux étrangers s’est faite féroce et a dynamisé le jeu économique. Cela a permis de doper la capacité de production des entreprises (Samsung, LG, Daewoo, Hyundai se sont mondialement développés et ont diversifié leurs productions). C’était « la belle époque », avant la dépression mondiale où la Corée s’est retrouvée avec une production excédentaire ne pouvant être vendue. La Corée est emportée par la crise financière de 1997. Aujourd’hui, les Chaebols ont une croissance tassée, mais redéfinissent leurs stratégies. La résilience coréenne est édifiante. Les guerres et déchirures n’ont fait que renforcer la Corée du Sud dans la construction d’un Etat libéral, avec comme moteur premier, les Chaebols, consortia géants coréens et les institutions financières en deuxième moteur. Le tout, avec une volonté nationale de toujours s’en sortir, toujours aller plus loin, toujours se battre. « Et si la Chine court, il faut courir plus vite », résume le Pr d’économie. Le positionnement du pays se tourne vers les nanotechnologies, les technologies navales, spatiales et les biotechnologies. C’est là un autre point fort de la Corée et de sa région : l’Asie du Sud-Est travaille en complémentarité. Et la Corée se repositionne face à la Chine concurrent-partenaire, avec une vision claire de sa stratégie : la spécialisation dans la spécialisation. Les politiques industrielles marocaines auront-elles l’envergure de ce pays pour qui le travail est le salut ?

"Dès les années 60, deux plans quinquennaux ont modernisé la Corée du Sud. Grâce à la compensation japonaise de 600 millions de dollars pour les dommages de l’occupation, ils ont libéralisé le pays. Financièrement attractive, la Corée est vite devenue un leader mondial des nouvelles technologies. Ses principaux partenaires sont le Japon et la Chine. Aujourd’hui, la bataille n’est pas finie. Face à la Chine, la Corée choisit de se spécialiser encore plus : elle se tourne vers les biotechnologies, les nanotechnologies, les technologies navales..."


Quand la Corée s’est remis de la crise de 1997

Les interdépendances de ces économies avaient fait effondrer tout le système en 1997. Le Pr Hwang a rappelé à l’auditoire cette période sombre et vertigineuse de l’histoire contemporaine, et pleines de leçons. Les années 90 sont celles de la récession. Pour doper ses exportations surtout vers les Etats-Unis, la Chine dévalue le yuan. Le Japon, contraint de défendre ses parts de marché en recul suit la Chine et dévalue le yen. En parallèle, la Thaïlande, qui dépendait beaucoup des IDE nippons, a décidé de maintenir ses taux de change fixe par rapport au dollar, tandis que le Japon développe sa monnaie par rapport au dollar. Résultat : la monnaie Thaï (le bath) est surappréciée par rapport au yen. Le déficit commercial thaï se creuse de manière vertigineuse. Le 1er juillet 1997, la Thaïlande déclare banqueroute. Les bailleurs japonais en Thaïlande sont piégés et ne peuvent être remboursés. Ils se retournent vers la Corée où leurs investissements étaient également importants. La requête était dramatique pour la Corée du Sud : ils ont demandé le remboursement immédiat des fonds prêtés à court terme. La magie du génie financier coréen n’opère plus, elle devient cauchemar. Car la Corée avait à cette époque un déficit énorme et ses réserves n’étaient pas importantes. Fin novembre 1997, la Corée demande un emprunt auprès du FMI. Lequel fonds, à son tour, entre en crise. Le gouvernement n’avait pas de réserves pour payer les emprunts japonais. « Pour s’en sortir, les Coréens donnaient leurs biens, leurs bijoux, à l’Etat pour renflouer les caisses », se rappelle le Pr Hwang. Au bout de deux années, le pays s’en était remis !


Echanges insignifiants

Les importations marocaines vers la Corée représentent 7% des importations d’origine asiatique, et 3% des importations totales. Les exportations marocaines vers la Corée sont infimes : 3% des exportations vers l’Asie, et 0,3% des exportations totales. Malgré la présence de quelques grands noms de l’électronique coréenne au Maroc, l’investissement coréen reste très faible. Selon le secrétaire général du Haut-commissariat au Plan, Mohamed Bijaad, « depuis la crise financière asiatique, les investissements et prêts privés en provenance de ce pays ont été de 288,7 et 330,2 millions de DH respectivement en 1997 et 1998, et se sont presque estompés depuis lors ». En fait, le Maroc avait perdu confiance en l’investissement coréen. Daewoo au Maroc avait fait faillite, explique le Pr Hwang. Pourtant, indique le responsable du HCP, les relations diplomatiques sont établies depuis 1962. Dix-huit accords ont été signés portant principalement sur la coopération économique et technique, les relations commerciales, la coopération culturelle et scientifique, la coopération entre le CMPE (Centre marocain de promotion des exportations) et la KTPC (Korea Trade Promotion Corporation), la promotion des investissements, les services aériens, la prévention de la double imposition et l’évasion fiscale en matière d’impôt sur le revenu. D’autres accords « sont déjà finalisés » dans les domaines du tourisme et des transports maritimes.

Mouna KADIRI


(1) Cf. les reportages de notre envoyée spéciale à Séoul, Nadia Salah, L’Economiste du 1er juin 2005, www.leconomiste.com (2) Coup d’Etat, famine, guerres, récession, crise financière de 1997, gestion des relations avec la Corée du Nord pour maintenir une stabilité dans la région (dans nos prochaines éditions nous traiterons des relations Etats-Unis-Corée du Sud et du Nord et leurs conséquences sur l’échiquier mondial). (3) -une jeune génération moins « travailleuse » et qui en trouve plus difficilement que les parents-


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