lundi 18 décembre 2017

Accueil du site > Défense > International > Général Syrén : "La politique de défense européenne apporte de la (...)

Général Syrén : "La politique de défense européenne apporte de la stabilité"

Nathalie Guibert, le Monde

vendredi 4 décembre 2009, sélectionné par Spyworld

logo

L’Europe de la défense sera-t-elle aiguillonnée par les nouveaux outils du traité de Lisbonne ? Le général suédois Hakan Syrén, le nouveau président du comité militaire de l’Union européenne (UE) qui a succédé au Français Henri Bentegeat le 5 novembre, veut croire que cette politique commune, critiquée pour ses maigres résultats, va progresser. "La politique de sécurité et de défense est un moyen de faire que les Européens se parlent, coopèrent et s’engagent", assure-t-il dans un entretien accordé au Monde.

Selon M. Syrén, le bilan n’est pas si noir qu’on le dit ; six opérations militaires et quinze opérations civiles ont été conduites depuis qu’une politique commune a été lancée voici dix ans : "En Afrique, au large des côtes somaliennes, au Kosovo ou en Bosnie, nous apportons réellement de la stabilité." Il écarte ainsi les critiques émises contre l’opération de formation de policiers en Afghanistan, où l’UE a envoyé moins de 300 instructeurs contre plus de 400 prévus : "Ce serait un échec ? Mais comparé à quoi ? Ce pourrait, bien sûr, être plus. Mais nous avons 300 instructeurs qui risquent leur vie, et font un travail remarquable."

Mais les nouvelles institutions sont loin d’être calées : il y aura "du brouillard et des frictions", inévitables, reconnaît M. Syrén. Le comité militaire, dont le président est désigné par les chefs d’état-major et approuvé par les Etats, sera le conseiller de la haute représentante pour la politique étrangère, Catherine Ashton, comme il l’était auprès de Javier Solana.

Mais l’état-major de l’UE et la chaîne de commandement des opérations civiles, comme la nouvelle direction civilo-militaire, devraient être coiffés par le nouveau service d’action extérieure. Qui fera quoi ? "Nous devons éviter toute forme de compétition", plaide le général Syrén. Qui voit un avantage majeur dans les nouvelles institutions : "La connexion entre le civil et le militaire sera beaucoup plus forte." Là résidera, demain, l’identité de la politique européenne de défense, explique-t-il, "en complémentarité" avec l’OTAN, organisation purement militaire. "Au Tchad, l’OTAN n’était pas en position d’intervenir, et c’est l’Europe qui l’a fait", souligne-t-il.

"Contraintes budgétaires"

Autre problème, les moyens. La capacité de l’UE à projeter des soldats sur le terrain lors de crises internationales (65 000 soldats sur 2 millions disponibles) est faible. Le général Bentegeat avait convenu récemment que l’UE ne pouvait mener une "opération de haute intensité", faute d’unités de combat et parce qu’il lui faudrait l’appui des Etats-Unis. Il reste "une tâche importante à conduire, reconnaît son successeur, pour faire comprendre aux Etats d’harmoniser la planification de leurs forces".

Les membres de l’UE rechignent à dégager des ressources communes. "Il ne s’agit ni d’un problème idéologique ni d’un manque de volonté", souligne le général Syrén. "Nous avons et nous anticipons de sévères contraintes budgétaires sur les moyens des Etats. Les risques et les engagements sont nombreux, en Irak, en Afghanistan, ou sur le continent Africain, et même les Etats qui ont de l’argent voient leurs ressources limitées."

Mais, ajoute-t-il, "nous ne pouvons nous contenter de nous asseoir en nous plaignant de l’absence de budget". "J’ai vu, entre la Suède, la Norvège et la Finlande, des coopérations avancées dans les domaines de la formation des armées, de la surveillance ou de l’entraînement en exercice, et pour un coût modeste ; la coopération est possible."

Sans une armée commune, dont la création est réclamée par la Pologne, l’Allemagne, ou l’Italie, l’UE pourra-t-elle devenir autre chose qu’un pôle de neutralité entre les Etats-Unis et une Asie de plus en plus militarisée ? "Les membres de l’UE la constituent comme des Etats souverains, avec leurs propres forces armées. Tout le traité est bâti sur ce principe", rappelle le président du comité militaire. Cependant, estime-t-il, l’Europe n’est pas "neutre". Elle est perçue depuis l’extérieur comme "une unité". Et elle "dispose de la capacité d’intervenir à tous les stades d’un conflit : prévention, intervention militaire, stabilisation et reconstruction".


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :