mercredi 18 octobre 2017

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Quand « espions » et décideurs se réunissent en Bourgogne

Propos recueillis par Nicolas Rouillard, Lejsl.com

jeudi 10 décembre 2009, sélectionné par Spyworld

Pour sa convention annuelle, la CGPME de Côte d’Or a retenu un thème : celui de l’espionnage sous toutes ses formes que le syndicat a choisi de mettre en lumière.

Alain Chouet. Expert en langues orientales, il est un spécialiste du terrorisme islamique.

Arnaud Danjean. Député européen, ce Saône-et-Loirien préside la commission « sécurité-défense ».

Pierre Lacoste. Officier et haut fonctionnaire, il évoquera la question de l’espionnage industriel.

Jean-Pierre Pochon. Il fut en charge de la surveillance des groupes d’activités.

O fficier de renseignement français, Alain Chouet, 63 ans, a notamment été conseiller technique sur les affaires touchant à l’islam et au terrorisme auprès du directeur du renseignement, de 1996 à 1999, puis chef du service de renseignement de sécurité de 2000 à 2002.

Observateur avisé de la situation actuelle, il explique : « Beaucoup d’erreurs ont été faites sur le terrorisme islamiste. Contrairement à ce qu’on peut entendre, on a affaire à des non-professionnels de la violence. »

« Porter un sac à dos rempli d’explosifs ne demande pas de formation, il faut juste convaincre la personne de passer à l’action. Quand vous menez une politique terroriste, soit vous montez un calendrier précis, soit vous entretenez un vivier de haine, de rancœur et de frustrations. Il sortira forcément de ce vivier, un jour ou l’autre, des gens qui vont faire des bêtises. »

« Les camps d’entraînement sont une vaste connerie. C’est un moyen de propagande, qui n’a pris d’importance que dans les médias. Si je fais un camp d’entraînement terroriste, je ne le filme pas et je ne le montre pas à tout le monde ! al-Qaida est morte en 2001 à Tora Bora, elle n’existe que dans l’esprit des médias occidentaux. Le fait de mettre un nom sur la menace, c’est facile, et ça rassure l’opinion publique. Le fait d’évoquer régulièrement une menace d’al-Qaida a servi à la mouvance des frères musulmans, qui vise à favoriser une incompréhension entre l’Occident et le monde musulman. »

« La menace à laquelle on est confronté aujourd’hui vient de la rencontre de trois choses. La première correspond à la volonté du régime saoudien de s’assurer le contrôle de l’islam à l’échelle mondiale. Sa légitimité, qui ne tient que par l’argent, est très contestée. »

« Le deuxième élément est justement cette contestation, orchestrée par les frères musulmans en Egypte. Ce réseau idéologique, de type confrérique, est présent dans l’ensemble du monde musulman. »

« Le troisième point est l’instrumentalisation par les Américains des mouvements les plus intégristes, à l’époque de la lutte contre l’URSS. La branche violente des frères musulmans s’est retrouvée avec de l’argent et une formation militaire. Vous agitez ce cocktail et vous laissez tomber tout le monde. Ces gens se retrouvent sans chef, mais pas sans moyens ni sans idées. »

« Dans ce contexte, la France n’est pas plus menacée que d’autres pays européens. Tout pays non musulman susceptible d’intervenir pour soutenir un régime en place dans un pays musulman est une cible potentielle. Les intégristes veulent qu’on se tienne à l’écart de ce qui se passe chez eux. Nous avons un atout par rapport aux autres pays. Nos services de renseignements généraux font très bien leur travail et ont mis en place un maillage performant sur ce milieu. »

« On a également un avantage, judiciaire celui-là. On a développé une incrimination légale, qui est l’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Cela permet de faire peser sur les milieux à risque une loi des suspects qui les maintient au calme. »

« Un dernier mot : l’information ne doit pas être considérée comme un instrument de pouvoir par les politiques, mais comme un service public. »


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