mardi 17 octobre 2017

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Le web au service du djihad pakistanais

RIA Novosti

vendredi 11 décembre 2009, sélectionné par Spyworld

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L’arrestation au Pakistan de jeunes Américains sans doute venus au "djihad" via internet montre qu’il faudra sans doute plus qu’une victoire militaire pour venir à bout de la guérilla islamiste locale.

Les cinq suspects, tous âgés d’une vingtaine d’années et originaires de Virginie, ont été arrêtés lundi à Sargodha, dans la province du Pendjab, 190 km au sud-est d’Islamabad, selon les autorités pakistanaises.

Ils sont soupçonnés d’appartenance au Jaish-e-Mohammad (Armée de Mahomet), mouvement dissous lié à Al Qaïda et aux taliban, notamment mis en cause dans le meurtre du journaliste américain Daniel Pearl et dans une tentative d’assassinat de l’ancien président pakistanais Pervez Musharraf.

"Il est très difficile de démanteler ces réseaux qui opèrent sur internet (...) Les cinq et leurs contacts utilisaient le même mot de passe et laissaient leurs messages à l’état de brouillons sans les envoyer", a expliqué un membre des services de sécurité pakistanais.

"Si le FBI n’arrive pas à détecter ce genre de messages, comment le pourrait-on ? Ce n’est pas une tâche facile", a-t-il insisté.

Donner la chasse aux extrémistes sur internet est d’autant moins envisageable que les forces pakistanaises semblent déjà incapables d’enrayer la vague d’attentats qui a fait plusieurs centaines de morts depuis le lancement de l’offensive contre les taliban du Sud-Waziristan, à la mi-octobre.

Les moyens militaires paraissent toutefois insuffisants face à des mouvements islamistes dont le recrutement s’effectue désormais à distance.

"UN ÉNORME ÉVÉNEMENT"

Pour Ahmed Rashid, grand connaisseur du mouvement taliban et auteur d’un ouvrage sur le Pakistan intitulé "Plongée dans le chaos", l’arrestation des cinq jeunes Américains n’est rien moins qu’un "énorme événement dans le domaine du terrorisme".

"Al Qaïda et consorts en sont évidemment arrivés à la conclusion qu’il est trop dangereux pour des citoyens américains d’attaquer l’Amérique. Ils seraient démasqués trop vite. Il est donc beaucoup plus simple de les faire venir ici", a-t-il expliqué à Reuters.

"Il s’agit d’une nouvelle stratégie de recrutement. Il y a quelques années, ces gens auraient été utilisés comme cellule dormante ou pour commettre des attentats aux Etats-Unis. Ce n’est plus le cas", ajoute-t-il.

Pervez Hoodhbhoy, professeur pakistanais de physique nucléaire et commentateur politique et social, dit avoir mesuré lors de ses déplacements aux Etats-Unis la haine qui anime certains jeunes d’origine pakistanaise.

Détecter sur internet les "candidats au martyre" qui émergent parmi eux n’est pas envisageable, d’autant que les autorités pakistanaises semblent leur faciliter involontairement la tâche, poursuit-il.

Pour lutter contre le radicalisme, Islamabad s’est en effet lancé dans une réforme des écoles coraniques, considérées comme un foyer d’extrémisme.

"Le gouvernement amène les ordinateurs et internet dans les madrassas dans le cadre de cette réforme", dit-il. "L’espoir était de les moderniser. En fait, cela leur a permis de se mettre en contact avec les djihadistes du monde entier", conclut Pervez Hoodhbhoy, qui est devenu l’une des cibles des islamistes.

Version française Jean-Philippe Lefief


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