mardi 24 octobre 2017

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Les nouvelles menaces qui visent les entreprises

Christophe Cornevin, le Figaro

lundi 14 décembre 2009, sélectionné par Spyworld

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Le classement établi par l’influent Club des directeurs de sécurité des entreprises et par l’Edhec place les intrusions informatiques, l’espionnage et les attaques armées juste derrière les vols et les fraudes.

L’enquête, menée par le Club des directeurs de sécurité des entreprises (CDSE) et l’Edhec (école supérieure de commerce), sur les crimes commis contre les sociétés en 2008-2009 est éloquente. Porté à la connaissance du Figaro, il va servir de base à un colloque intitulé « Comment les entreprises font-elles face aux nouvelles menaces », qui se tiendra mardi au siège parisien de l’OCDE.

Ouverte par le PDG d’EDF, Henri Proglio, et le criminologue Alain Bauer, clôturée par Guillaume Pepy, patron de la SNCF, cette grand-messe vise à mieux défendre le tissu économique national face à toute forme d’agressions. Et, à en croire les entreprises consultées - notamment des géants de l’industrie automobile, de l’énergie, de la banque, de la grande distribution ou du tourisme -, les sources d’inquiétude sont légion.

Au total, pas moins de 34 crimes différents ont été recensés. Période de crise oblige, les vols de produits ou d’équipements sur les sites arrivent en tête de palmarès, affectant 75 % des entreprises, tandis que la fraude interne par détournement d’argent apparaît juste derrière en touchant 60 % des sociétés interrogées. Préoccupées par les pillages commis en interne, ces dernières doivent faire face à l’apparition de nouveaux périls : outre les intrusions dans les systèmes d’information qui ont visé un tiers d’entre elles, les entreprises ont été victimes d’espionnage et d’attaques armées dans une même proportion (30,6 %). Au­tre enseignement, l’usurpation d’iden­tité des sociétés semble s’être généralisée pour viser 26 % de leur ensemble. Ce fléau a désormais rejoint en proportion celui de la contrefaçon et dépassé celui de la contrebande (17 %).

Bénéficiant d’un réseau de 70 entreprises présentes dans 187 pays pour un chiffre d’affaires global de 600 milliards d’euros, le CDSE, présidé par François Roussely, réunira demain en colloque des PDG, des conseillers politiques, des experts, des universitaires et des hauts fonctionnaires. Bernard Bajolet, coordonnateur national du renseignement à l’Élysée, et Pascal Teixeira da Silva, directeur de la stratégie à la DGSE, devraient apporter leur expertise sur le profil des nouveaux contestataires et les évolutions de la menace. Ainsi, l’enquête révèle que les crimes les plus médiatisés, comme la piraterie maritime (2,6 %), arrivent bien en retrait par rapport à la « routine » des pirates de la route ayant frappé plus d’un quart des entreprises. Ou encore des kidnappings crapuleux accompagnés d’une demande de rançon, qui concernent 13 % des firmes implantées principalement à l’étranger. L’étude dévoilée demain montre que les problèmes les plus graves sont aussi considérés comme les plus coûteux : les vols sur site et la fraude interne d’un agent débarquent au premier rang des soucis. Suivent seulement la délicate question de l’espionnage, de la contrefaçon et l’intrusion dans un système d’information.

« Ce coût ne se chiffre pas seulement en dépenses supplémentaires mais surtout en termes de conséquences sur l’organisation interne de l’entreprise, décrypte un analyste. Certaines agressions graves obligent les acteurs à repenser leurs procédures de sécurité-sûreté , voire modifier des pratiques corporate governance ou la gestion des ressources humaines. » « Outre les menaces terroristes susceptibles de frapper certains de nos hôtels, nous sommes préoccupés par la recrudescence des braquages de proximité visant nos établissements à travers la France, explique René-Georges Querry, directeur de la sécurité du groupe Accor. Nous investissons pour renforcer notre vidéosurveillance et sécuriser les accès de nos bâtiments. »

Sur une échelle d’utilité allant de 1 à 4, les entreprises reconnaissent en priorité l’efficacité des forces de police (2,91), avant celle des officines de sécurité privée (2,67/4), des associations de directeurs sécurité-sûreté (2,47 sur 4) ou des compagnies d’assurance. En queue de peloton, les « armées légales des pays d’opérations » ont une utilité bien inférieure à 2, tandis que le mercenariat affiche une utilité particulièrement faible (1,28/4). Face à la hausse des crimes économiques et le tassement des budgets consacrés à la sécurité, les acteurs de la sécurité doivent composer avec une nouvelle donne. Et composent avec l’État.


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