jeudi 14 décembre 2017

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Moscou et Washington se penchent sur la cybercriminalité

Sylvain Cypel, Jean-Pierre Stroobants, le Monde

mercredi 16 décembre 2009, sélectionné par Spyworld

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Les Etats-Unis et la Russie ont engagé il y a quelques semaines des discussions qui pourraient déboucher sur un accord concernant la sécurité sur Internet et la "cyberguerre". Ces pourparlers devraient reprendre, du 11 au 15 janvier 2010, dans le cadre du Bureau des affaires de désarmement aux Nations unies.

Washington et Moscou ont encore des divergences mais semblent d’accord pour faire de la lutte contre la cybercriminalité un enjeu stratégique majeur. Le FBI, chargé (avec l’US Secret Service) de la lutte contre ce type d’agression, a révélé qu’en 2008 quelque 300 attaques informatiques avaient été menées de l’extérieur contre des intérêts vitaux des Etats-Unis, sur leur territoire. Les cibles n’étaient pas seulement économiques. Ainsi, le 21 avril 2008, le département de la défense avait confirmé que des pirates étaient parvenus à infiltrer les programmes du futur chasseur américain F-35 Lightning II. Le Pentagone avait implicitement désigné la Chine comme origine de cette tentative de piratage.

Données sensibles

Après une série d’autres attaques contre des Etats, des banques ou des chaînes de grands magasins, les administrations nationales en viennent à considérer qu’un manque de coopération internationale freine la répression. En même temps, ces pays récusent toute option qui porterait atteinte à leur "souveraineté numérique" et risquerait de fournir à des représentants étrangers un accès à leurs données sensibles. C’est officiellement pour cette raison que la Russie refuse, par exemple, de ratifier un texte du Conseil de l’Europe qui autorise des enquêtes judiciaires transnationales.

Moscou privilégie une négociation américano-russe qui aboutirait à une sorte de traité du désarmement du cyberespace, similaire à celui limitant la détention des armes nucléaires, chimiques et bactériologiques. Les Américains rétorquent qu’il est impossible de lutter efficacement contre le cybercrime sans lier les aspects industrialo-économiques et sécuritaires. Surtout, Washington est favorable à un traité de coopération internationale énumérant les interdictions et organisant leur contrôle.

Il reste qu’un changement notable s’est manifesté aux Etats-Unis où, dans le domaine de la cybercriminalité aussi, l’administration Obama tourne le dos à la politique du président George Bush. Ce dernier avait restreint les pourparlers au domaine économique, refusant d’aborder les enjeux sécuritaires de crainte d’être amené à dévoiler des secrets. M. Obama, lui, a accédé à la demande russe d’une négociation élargie à la sécurité.

Une délégation emmenée par le général Vladislav Sherstyuk, numéro deux du Conseil russe de sécurité, s’est rendue à Washington en novembre. Elle a rencontré des responsables du département d’Etat, du Pentagone et du ministère de la sécurité intérieure. Les représentants américains ont ensuite accepté de débattre de cybersécurité à Genève, à la fin du même mois, dans le cadre du Bureau onusien du désarmement et de la sécurité internationale.

Barack Obama, sur la base d’un rapport qu’il a commandé, a, lui, annoncé la nomination prochaine d’un coordinateur de la lutte contre cette forme de crime. Une mesure que les militaires et les responsables des services de renseignement goûteraient peu, préférant poursuivre seuls leurs propres programmes.


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