mardi 12 décembre 2017

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La liste HSBC : une nouvelle forme d’espionnage industriel

Philippe Madelin, Rue89.com

vendredi 18 décembre 2009, sélectionné par thom.B

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Hervé Falciani est devenu la figure quasi archétypique du risque majeur qui menace les entreprises. Il était salarié de la filiale suisse de la banque HSBC, et il a piraté le système informatique de son employeur pour révéler au monde les noms de 130 000 personnes, appartenant à 4000 sociétés titulaires de comptes non déclarés en Suisse.

Ce qui permettrait à la France de récupérer de gigantesques capitaux égarés en Suisse. Mais on a oublié de souligner l’essentiel : il appartient à cette nouvelle classe de personnages particulièrement dangereux pour les entreprises, parce qu’ils en sont issus, qui agissent à visage découvert, pour des motivations sans rapport avec une espérance de gain financiers. Certains n’hésitent pas à les qualifier de « criminels ».

C’est l’un des enseignements majeurs de l’étude menée par l’Edhec (Ecole de hautes études commerciales du Nord, à ne pas confondre avec HEC) sur les risques majeurs menaçant les entreprises, pour le compte du CDSE (Club des directeurs de sécurité des entreprises) qui tenait ce 15 décembre son colloque dans la nouvelle salle de congrès de l’OCDE.

Au gré de l’exposé de Philippe Veri, responsable de cette enquête, on est d’ailleurs frappé par le fait que la perception des risques industriels ait si rapidement évolué. Avant-hier, c’était les risques physiques et le pillage des secrets de fabrique par l’espionnage. Hier, on agitait le fantôme du terrorisme et d’Al-Qaeda pour décrire les menaces.

Or, la guerre de demain se déroulera sur un tout autre terrain. Avant tout sur celui de l’information numérique. L’informatique est le cheval de Troie moderne dans l’entreprise, une menace qui connaît un développement exponentiel. On est bien loin des « espions traditionnels » à la manière de Vetrov, dans l’affaire Farewell.

On est bien loin des terroristes d’extrême gauche, Fraction armée rouge, Action directe et autres Brigades rouges. Les ennemis ne sont plus ailleurs, mais dans l’entreprise. Quand ils agissent, c’est en général par intérêt financier, pour détourner une partie significative des profits, mais aussi souvent comme Hervé Falciani, pour porter atteinte à l’image de l’entreprise.

Cette atteinte à l’image est considérée désormais par les industriels comme le danger le plus grave, car il freine les chances de développement, voire de survie, des entreprises dans le contexte de la mondialisation.

Qui plus est, la criminalité n’est plus sectorisée, comme naguère. En progressant souvent au galop, les différentes formes de criminalité sont frappées par un phénomène d’hybridation qui rend les poursuites et les mesures de prévention tout à fait problématiques.

Il n’y a plus de cloisons entre le gangstérisme traditionnel, la criminalité financière, le trafic de drogues. Tout se mélange. Ainsi, dans l’affaire Madoff, le comptable était aussi le conseiller financier d’une famille mafieuse de Chicago !

Plus grave, on voit surgir des entités étranges où le trafic de drogue, les sectes, le blanchiment et le meurtre organisé se mêlent pour former des espaces d’où tout contrôle étatique ou policier est exclu. Comme aux frontières entre le Mexique et les Etats-Unis, comme certaines régions d’Afrique et d’Asie devenues des « zones de non droit » où la loi n’est pas appliquée. Et sans aller si loin, on doit rappeler que l’Etat du Delaware aux USA est le plus grand blanchisseur d’argent au monde.

De même, on parle beaucoup du piratage en mer. Mais sait-on que le piratage routier, le vol de camions entiers, tend à prendre une grande ampleur ?

Le crime affecte des secteurs entièrement nouveaux comme le traitement des ordures cher à la mafia italienne. D’une certaine manière le crime, souligne le criminologue Alain Bauer, est devenu une sorte d’étalon de l’entreprise hyperlibérale. Le terrorisme externe est en perte de vitesse

Tous les participants au colloque sont convenus qu’il serait temps de ne plus regarder derrière soi en s’agrippant par exemple au phénomène terroriste largement dépassé pour tenter de développer une panoplie de contre-mesures.

Le terrorisme externe est lui-même en perte de vitesse, au profit de que l’on appelle le « terrorisme interne » promu par des individus qui n’appartiennent à aucune organisation connue, comme le psychiatre militaire Nidal Malik Hasan, auteur de la tuerie de Fort Hood. C’est un phénomène que la police de New-York définit comme du « terrorisme enraciné ».

Pour les participants au colloque, il devient impératif de ne plus se contenter d’accumuler des données, mais de les analyser. La question n’est plus de savoir, mais bien de comprendre.

Et on énumère les vraies nouvelles menaces en hausse :

- l’usurpation d’identité des entreprises
- la cybercriminalité
- les nouvelles radicalités qui se manifestent autour des grands événements internationaux
- les violences dans les banlieues
- les conséquences inattendues de l’extrême mobilité des personnes au niveau mondial, grâce aux moyens de transport massifs
- l’évolution des cibles du terrorisme
- les poursuites judiciaires intentées à partir de n’importe quel pays

Au-delà : la crise des fonds souverains et la crise des endettements massifs dans lesquelles sont engagés les Etats. Et face à cette situation qui n’est guère réjouissante, encore trop d’attitudes non pertinentes, à commencer par le déni de réalité. On ne veut pas voir.

Et plusieurs participants de décrire une « université d’été » du Medef, l’an passé, où « tout paraissait tout beau, tout gentil », on avait totalement évacué du paysage les préoccupations du moment. En pleine crise financière, le Medef à la campagne n’avait pas cru nécessaire de l’évoquer de la moindre manière.

Il est nécessaire de revenir à une vision plus proche des réalités et des vrais risques. Et d’apprendre à anticiper.


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