lundi 11 décembre 2017

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Les insurgés irakiens piratent les drones américains

Jim Jarrassé, le Figaro

vendredi 18 décembre 2009, sélectionné par thom.B

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Les combattants chiites ont réussi à détourner un logiciel très bon marché pour intercepter les vidéos transmises par ces petits avions sans pilote. De quoi réduire à néant l’utilité de ces appareils coûteux, de plus en plus employés par l’armée.

Environ 18 euros. C’est tout ce que doit débourser un insurgé irakien pour acquérir un logiciel lui permettant de pirater un drone de l’armée américaine. Alors, à ce prix-là, les combattants chiites ne se privent pas : le Wall Street Journal de jeudi révèle que des données transmises par les avions sans pilotes de l’US Air Force ont été interceptées à plusieurs reprises de cette façon.

Citant des responsables de la défense et du renseignement américains, le quotidien affirme que les Irakiens utilisent le logiciel SkyGrabber, conçu à la base pour télécharger par satellite des films et des musiques. Une fois détourné, le petit programme leur permet d’accéder facilement aux vidéos capturées par les drones lors de leurs missions.

Le pot aux roses a été découvert en juillet, lorsque l’armée américaine a trouvé sur l’ordinateur portable d’un insurgé arrêté des fichiers vidéo provenant de Predators, les drones utilisés dans la majorité des opérations extérieures américaines. « Des jours et des jours et des heures et des heures de preuves », affirme au Wall Street Journal une source avertie. « Cela fait désormais partie de leurs outils ».

L’armée reconnaît une faille de sécurité dans son système de transmission des données. Les vidéos envoyées par les drones aux bases terrestres ne sont pas cryptées, afin d’accélérer l’acquisition des contenus. Une imprudence commise sciemment : les autorités américaines avouent être au courant depuis les années 1990, mais ne pensaient pas que leurs adversaires pourraient l’exploiter.

Des éléments clés de la stratégie américaine

Il n’existe pour le moment aucune preuve que les insurgés puissent pour autant contrôler les drones ou perturber leur vol. Mais le piratage leur permet de les traquer et d’en suivre la progression. Les combattants irakiens peuvent dès lors localiser les bâtiments, les routes et les infrastructures placées sous la surveillance de l’armée. De quoi réduire à néant une partie de la tactique américaine en Irak.

Utilisés depuis la guerre de Bosnie, en 1995, les drones n’ont cessé d’accroître leur influence dans la stratégie militaire des Etats-Unis. A tel point que 36 % du budget 2010 de l’aviation militaire leur seront exclusivement consacrés. Ces appareils ont l’immense avantage de pouvoir intervenir sur des terrains très sensibles sans mettre en péril la vie d’un pilote.

Si les drones constituent des armes de choix dans la campagne irakienne, ils sont aussi présents en Afghanistan, au Pakistan, au Yémen et en Somalie. Et tout indique qu’ils pourraient également être victimes de piratage.

Face à cette menace, l’armée américaine a décidé de réagir. Elle assure travailler sur une nouvelle technique d’encryptage des données. Problème : la mise à jour du système de transmission implique non seulement d’ajouter de nouvelles pièces aux appareils déjà en circulation, mais aussi de revoir en profondeur l’ensemble des réseaux utilisés par l’armée en Irak ou en Afghanistan.

La faille n’est donc pas près d’être comblée. D’autant plus que l’armée américaine vient tout juste d’acquérir 375 drones Reaper, qui coûtent chacun entre 10 et 12 millions de dollars. Et bien que ces appareils soient dotés d’une technologie dernier cri, leurs données peuvent être piratées toujours aussi facilement…


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