dimanche 22 octobre 2017

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Pour les satellites-espions, photo ou radar ? C’est selon...

Jean Guisnel, Le Point.fr

mardi 22 décembre 2009, sélectionné par Spyworld

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Finalement mis en orbite le 18 décembre à 18 h 25 (après deux reports les 9 et 17 décembre), Hélios 2B est un programme militaire d’observation spatiale d’un montant de 1,8 milliard d’euros. Il va compléter et améliorer les capacités du système Hélios 1 ainsi que celles d’Hélios 2A, fonctionnant respectivement depuis 1995 et 2004. Les images de ces satellites fournissent des renseignements nécessaires aux plus hautes autorités des États concernés, ainsi qu’aux forces déployées en opérations. Le satellite-espion Hélios 2B ne sera pas pleinement opérationnel avant quelques semaines. Mais, aux dernières nouvelles, tout va bien.

Une série de tests doit permettre de confirmer l’ensemble de ses performances, avant que le satellite ne soit remis à ses utilisateurs. Si le programme Hélios 2B est mené en partenariat avec quatre autres pays européens (Belgique, Espagne, Italie et Grèce sont à 2,5 % chacune), d’autres accords sont en discussion avec l’Allemagne et l’Italie. La raison en est simple : avec sa série Hélios, la France s’est spécialisée dans l’observation optique. La dernière génération, Hélios 2, permet de voir au sol des détails de l’ordre de vingt ou trente centimètres (le chiffre précis est secret), permettant sans aucune difficulté de distinguer un véhicule particulier d’un camion, par exemple. Il peut également, grâce à des capteurs infrarouges, repérer la chaleur d’un moteur arrêté, ce qui peut s’avérer très utile. La DRM (Direction du renseignement militaire) a ainsi fourni à la presse des images, jusqu’alors top secret, montrant les rejets d’effluents chauds dans la rivière longeant la centrale nucléaire de Yongbu. Une preuve indéniable d’activité...

Image radar d’icebergs prise par le satellite italien Cosmo Skymed

Contrat gagnant-gagnant

Cet outil photographique bien adapté pour le pourtour méditerranéen, zone traditionnelle de préoccupation française, est, en revanche, bien moins utile dans les régions septentrionales, qui intéressent pourtant beaucoup l’Allemagne, laquelle est historiquement plus pensée à regarder ce qui se passe en Russie, souvent recouverte de nuages. L’Allemagne a donc développé pour son usage propre une constellation de cinq petits satellites radars, les SAR-Lupe . Et plutôt que de se lancer dans son propre programme de satellite optique, elle échange ses images radars contre les photographies d’Hélios. Et réciproquement. Du coup, les services de renseignement peuvent bénéficier des avantages des deux systèmes, par exemple en juxtaposant des images provenant des deux sources, pour un résultat souvent exceptionnel, affirment ceux qui ont vu le résultat de ces fusions.

Ce contrat gagnant-gagnant est également en vigueur avec les Italiens, qui ont déjà mis en orbite une partie de leurs propres satellites radars, les COSMO-Skymed . Pour la phase suivante de satellites-espions, ceux qui seront lancés d’ici cinq ans, ce mouvement devrait continuer, tout en étant intégré dans un programme européen. Ce projet MUSIS (MUltinational Space based Imaging System) associerait une nouvelle génération de satellites optiquesn dont la France est responsable (associée à la Belgique, l’Espagne, et la Grèce), et les systèmes radars proposés par l’Italie et l’Allemagne. Mais ce pays prépare un programme post-SAR-Luppe, le SARAH, pour lequel les Allemands ne veulent partager aucune clé de commande ou de programmation avec des partenaires étrangers. Donc, ça coince... La réalisation de MUSIS a été confiée en juin 2009 à un organisme européen, l’OCCAR (Organisation conjointe de coopération en matière d’armement), qui a déjà fait preuve de son manque d’autorité dans les déboires de l’A400M, qui, lui, est également confié. Saura-t-elle maîtriser les options divergentes des partenaires européens dans le programme MUSIS ?


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