dimanche 23 novembre 2014

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Les trente ans de succès d’Ariane

Marc Mennessier, le Figaro

jeudi 24 décembre 2009, sélectionné par Spyworld

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La fusée a donné aux Européens leur autonomie, notamment dans les télécommunications.

Il y a trente ans, en cette veille de Noël 1979, la première fusée Ariane s’envolait vers les étoiles sous le regard émerveillé des ingénieurs du port spatial de Kourou (Guyane française) et de tous ceux qui portèrent, parfois contre vents et marées, ce rêve français et européen. « En une demi-heure, nous sommes passés de l’inquiétude à l’euphorie », se souvient l’un de ces pionniers, Bernard Humbert, responsable à l’époque des systèmes électriques et de l’intégration du lanceur au sein d’Aérospatiale (aujourd’hui EADS-Astrium ST).

Après deux reports successifs, survenus la veille et huit jours plus tôt à la suite d’incidents techniques mineurs, la tension est à son comble. « Si on ne lançait pas le 24 décembre, on rentrait à la maison », se rappelle Frédéric d’Allest, ancien directeur général du Centre national d’études spatiales (Cnes) et l’un des « pères » d’Ariane. Les conséquences auraient pu, en effet, être terribles, car le deuxième tir, en mai 1980, fut un échec cuisant que les ingénieurs du Cnes mettront plus d’un an à comprendre et à solutionner. Surtout, ils s’apercevront que la première fusée présentait le même défaut : un miracle qu’elle n’ait pas explosé elle aussi et que la belle aventure d’Ariane tourne court. « Certes, nous avons eu de la chance, mais il ne s’agit pas pour autant d’un miracle, corrige Frédéric d’Allest, car un miracle cela n’arrive qu’une fois. »

De fait, Ariane va prendre son essor et offrir aux Européens un accès indépendant à l’espace, au grand dam des Américains. À la fin des années 1980, avec l’arrivée d’Ariane 4, elle acquiert définitivement ses lettres de noblesse en se hissant à la tête du marché mondial des lancements de satellites privés de télécommunications. Son palmarès est impressionnant. Avec seulement dix échecs pour 193 tirs, Ariane atteint, sous ses différentes versions (1 à 5), un niveau de fiabilité record de 95 %. Pour la seule année 2009, elle totalise sept tirs réussis dont celui de TerreStar 1, le satellite le plus lourd jamais lancé en orbite géostationnaire, avec une masse de 7 tonnes. Surtout, elle reste sur une impressionnante série de 35 succès d’affilée !

Négociations autour d’Ariane 6

Mais pas question de dormir sur ses lauriers. « Pour conserver son leadership dans le domaine des lanceurs, l’Europe doit rester en permanence à la pointe de la compétitivité », avertit Alain Charmeau, le directeur général d’Astrium ST, maître d’œuvre industriel d’Ariane. En novembre 2008, à La Haye, les États membres de l’Agence spatiale européenne (ESA) ont attribué 350 millions d’euros au prédéveloppement d’Ariane 5 ME, une nouvelle version capable, à l’horizon 2017, d’emporter 12 tonnes de charge utile en orbite géostationnaire (au lieu de 10 tonnes actuellement), grâce notamment au nouveau moteur Vinci qui équipera son dernier étage. Sans oublier, bien sûr, Ariane 6, le futur lanceur européen d’une capacité d’emport de 2 à 8 tonnes, qui pourrait voler en 2025. La ministre française de la Recherche, Valérie Pécresse espère d’ailleurs trouver un accord en fevrier avec l’Allemagne. Pour l’heure, Jean-Yves Le Gall, le PDG d’Arianespace, la société qui commercialise les vols de la fusée, se réjouit que Nicolas Sarkozy ait décidé d’inclure Ariane 6 dans les priorités du grand emprunt : « C’est un très beau cadeau d’anniversaire pour les 30 ans d’Ariane. Cela m’a remotivé pour dix ans ! »


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