jeudi 19 octobre 2017

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Comment se négocie la libération de Français détenus dans un pays en guerre

AFP

lundi 4 janvier 2010, sélectionné par Spyworld

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Localiser, contacter, négocier, récupérer : les efforts pour obtenir la libération de Français enlevés dans un pays en guerre, comme les deux journalistes disparus mercredi en Afghanistan, passent par plusieurs stades longs et délicats, expliquent des spécialistes du renseignement. Quel que soit le type d’enlèvement (terroriste, politique ou crapuleux), chaque dossier est suivi par le Centre de crise (CDC) du ministère des Affaires étrangères. 50 agents assurent son fonctionnement 24 heures sur 24 en liaison avec tous les autres ministères concernés (Défense, Intérieur...). Dans un pays en état de paix, une cellule interministérielle, composée des policiers et des militaires des deux unités d’élite (Raid et GIGN) est envoyée sur place pour négocier la libération, contre rançon, de Français enlevés avec les ravisseurs, comme cela a été le cas, avec la plus grande discrétion, ces deux dernières années dans des pays d’Amérique centrale. Dans un pays en guerre (Somalie, Irak, Afghanistan, etc.), la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) "prend alors la main", explique sous couvert de l’anonymat le responsable d’une unité opérationnelle qui a participé à plusieurs opérations de ce type.

Dans le cas des deux journalistes de France 3, c’est ainsi la DGSE qui "pilote", confirme Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Les moyens techniques (écoutes...) et humains (service Action) de ce service lui permettent d’être présent durant l’ensemble du processus. En Irak, rappelle ce spécialiste, les agents de la DGSE avaient été en première ligne des négociations et de la libération, en 2004, après 124 jours de captivité, des journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot, et de Florence Aubenas en 2005, après cinq mois de détention. Les deux journalistes de France 3 ont été enlevés sur la route entre Surobi et Tagab, dans la province de Kapisa, placée sous le contrôle opérationnel de l’armée française. Un avantage, pour Eric Denécé, car les forces françaises qui ont déclenché le plan Oscar pour localiser les deux journalistes disposent de moyens : drones et hélicoptères avec images jour et nuit, commandos des forces spéciales, éclaireurs des troupes de montagne, gendarmes... Pour autant, dans cette zone équivalant à deux départements français et à la population très clairsemée, "cela revient à chercher une aiguille dans une meule de foin", ajoute le directeur du CF2R.

"La principale difficulté, dit-il, c’est d’identifier les ravisseurs qui vont tenter de prendre contact, généralement par un intermédiaire, avec l’ambassade de France." Il faut ensuite vérifier que les contacts soient bons en leur demandant des "preuves de vie et de bonne santé" des personnes enlevées. La négociation peut ensuite commencer. Une "négociation", souligne un ancien responsable d’une unité antiterroriste, "c’est un échange avec contreparties". Les négociateurs discutent, souvent pied à pied, le montant de la rançon en échange de nouvelles régulières des prisonniers. "La négociation, ajoute Eric Denécé, peut également s’accompagner de pressions, via un État proche des ravisseurs, sur les preneurs d’otages." Et négocier "permet aussi de gagner du temps pour localiser l’endroit où sont détenus les prisonniers, afin de monter une opération de vive force" ou d’être prêt à récupérer les prisonniers après un accord.


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