samedi 16 décembre 2017

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« Pas plus de 500 membres d’al-Qaida au Yémen »

Propos recueillis par Marion Brunet, le Figaro

mercredi 6 janvier 2010, sélectionné par Spyworld

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Alors que la branche du groupe terroriste dans la péninsule arabique a revendiqué l’attentat manqué contre un avion de ligne américain, le 25 décembre dernier, Samy Dorlian, spécialiste du Yémen et enseignant à l’Institut d’études politiques (IEP) d’Aix-en-Provence, dresse un portrait de cette base arrière d’al-Qaida, dont il faut, selon lui, relativiser l’importance.

A quand remonte la présence d’al-Qaida au Yémen ?

A la fin des années 1980, Ben Laden, d’origine yéménite par son père, avait pensé à créer un foyer là-bas. Mais c’est surtout dans les années 1990 que la mouvance islamiste a commencé à s’intéresser à cet Etat de la péninsule arabique. Abou Moussab al-Souri, un des leaders d’al-Qaida, a décrit à cette époque sa vision du Yémen dans un ouvrage. Il prend comme point de départ les hadiths (déclarations, NDLR) du prophète selon lesquelles il faut aller au Yémen, un pays « béni », « si les séditions éclatent ». Al-Souri évoque ensuite ses atouts géographiques : de hauts plateaux difficilement accessibles et une position stratégique sur le détroit de Bab el-Mandeb, qui permet de perturber la circulation maritime internationale. Il souligne enfin la pauvreté, l’analphabétisme et la forte croissance démographique yéménite. Des facteurs qui doivent, selon lui, permettre à al-Qaida de trouver de nouvelles recrues parmi les jeunes chômeurs.

Comment la mouvance islamiste est-elle parvenue à s’implanter dans ce pays ?

Lors de la réunification du pays entre sa partie nord et le sud dès 1990, l’unité s’est plutôt traduite par une domination des dirigeants nordistes. Ces derniers ont utilisé les membres yéménites d’al-Qaida, de retour de la première guerre d’Afghanistan, pour combattre les sudistes. Malgré une tentative de sécession du sud en 1994, le pouvoir restera aux mains des nordistes qui ont plutôt essayé dès lors d’intégrer les membres d’al-Qaida. Mais la donne change après le 11 septembre 2001, lorsque le gouvernement noue un partenariat avec les Etats-Unis pour lutter contre le terrorisme. Sanaa devient plus agressif envers al-Qaida et laisse notamment assassiner en 2002 son leader yéménite, Abou Ali al-Harithi. La mouvance de Ben Laden se durcit alors jusqu’à la fusion de ses branches yéménite et saoudienne en 2009. Il n’a pas été dur pour eux de s’organiser sur ce territoire où le marché des armes, essentiellement entretenu par les tribus, est florissant et le pouvoir central absent de certaines régions.

Quelle position adopte d’ailleurs le gouvernement face à cette présence ?

Le président de la République, Ali Abdallah Saleh, a bien affiché sa volonté de combattre al-Qaida. Mais le pouvoir, déjà confronté à deux rébellions, n’est pas très unifié et s’apparente davantage à une oligarchie. Il n’est donc pas à l’abri de voir certains de ses membres se mettre de mèche avec al-Qaida. Ainsi, lorsque plusieurs dirigeants de la mouvance islamiste se sont enfuis de la prison de Sanaa en 2006, certains acteurs politiques ont certainement pu les aider. Attention toutefois à ne pas exagérer la présence d’al-Qaida au Yémen : si la mouvance est considérée comme la frange islamiste la plus radicale du pays, elle est aussi la plus minoritaire. Il ne doit pas y avoir plus de 500 membres sur tout le territoire.


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