dimanche 17 décembre 2017

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Comment l’Iran a enterré ses sites atomiques

Maurin Picard, le Figaro

jeudi 7 janvier 2010, sélectionné par Spyworld

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Téhéran a construit des tunnels pour dissimuler et protéger son programme nucléaire d’attaques aériennes.

Le 25 octobre 2009, lorsque les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) parviennent sur le site nucléaire iranien de Fordo, dont l’existence avait été dévoilée un mois auparavant, ils découvrent, effarés, des infrastructures sommaires, à moitié enterrées dans la montagne, truffées de batteries de missiles et de nids de mitrailleuses, défendues par des unités peu avenantes de gardiens de la révolution. Drôle d’ambiance pour un site industriel en plein désert, inachevé et censé faire partie d’un programme nucléaire purement civil.

Sommé de s’expliquer à Vienne au siège du « chien de garde nucléaire » de l’ONU, le régime chiite dégaine une explication préparée d’avance : Fordo pouvant à tout moment être attaquée par l’aviation israélienne, il convenait de protéger le site et d’en dissimuler l’existence, malgré les obligations de transparence auxquelles Téhéran est soumis du fait des accords de garanties nucléaires signés avec l’AIEA.

Cette justification, déjà employée dans le cas de Natanz, l’autre site d’enrichissement d’uranium dont l’existence avait été dévoilée en août 2002 et qui abriterait plus de 8 000 centrifugeuses, entre dans le cadre d’une stratégie de « défense passive », qui complique singulièrement la tâche des stratèges occidentaux.

Le programme nucléaire iranien, disséminé aux quatre coins du territoire, a été en grande partie enterré avec ses équipements les plus sophistiqués, notamment les centrifugeuses, qui permettent d’enrichir l’uranium, dissimulées dans de gigantesques souterrains aux entrées bien gardées.

À Ispahan, site de conversion de l’uranium, l’étape qui précède l’enrichissement, la montagne a été creusée comme du gruyère, et pas moins de six accès ont été inventoriés par les services secrets occidentaux. L’opposition iranienne en exil, contestée pour ses révélations parfois fantaisistes et sa dépendance vis-à-vis de la CIA, évaluait en 2005 à 14 le nombre de chantiers souterrains liés à des sites militaires ou à la production d’armements. Elle vient en décembre de revoir cette projection à la hausse, la faisant passer à 19.

Cibler les gardiens de la révolution

Ces myriades de tunnels constituent probablement l’argument le plus solide dont dispose l’Iran face à la frustration des Occidentaux et la colère d’Israël, intimement persuadé que le régime chiite lui voue une haine mortelle.

Pour Washington comme pour Tel-Aviv, la perspective de frappes aériennes revêt un faible intérêt stratégique, en l’absence de missiles de haute précision capables de perforer ces tunnels et y semer la dévastation. Outre leur énorme coût politique supposé, des raids surprises n’endommageraient que légèrement les infrastructures visées. « (Les tunnels) compliquent la précision de votre tir, opine Richard Russell, ancien analyste de la CIA cité par le New York Times. Nous avons l’habitude de cibles situées en surface. Lorsqu’elles sont souterraines, elles deviennent de véritables trous noirs. Vous n’êtes jamais sûrs de ce qui peut s’y trouver. »

Privée de ce recours virtuel à la force, corollaire indispensable à une politique d’apaisement et un accord commercial espéré sur la fourniture d’uranium à l’Iran, l’Administration américaine envisage très sérieusement de réduire la voilure si de nouvelles sanctions devaient être promulguées au Conseil de sécurité des Nations unies. Tandis que la contestation du régime se poursuit en Iran, la Maison-Blanche préfère renoncer à endiguer l’importation de pétrole raffiné, pour mieux cibler les activités financières et commerciales des gardiens de la révolution, véritables maîtres d’œuvre du programme nucléaire.

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