mardi 17 octobre 2017

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Le chef du renseignement de l’OTAN en Afghanistan fustige l’"ignorance" des services américains

Philippe Bolopion, le Monde

jeudi 7 janvier 2010, sélectionné par Spyworld

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Dans un rapport en forme de gifle, le chef du renseignement militaire de l’OTAN en Afghanistan, le général Michael Flynn, estime que les renseignements américains, obnubilés par la protection de leurs troupes contre les insurgés, sont "ignorants" du contexte afghan, à la traîne des journalistes, et incapables de soutenir la contre-insurrection ou d’orienter les décideurs politiques.

"Huit ans après le début de la guerre en Afghanistan, la communauté du renseignement américain n’est que d’une pertinence marginale", écrit Michael Flynn dans le rapport qu’il a choisi, à la surprise du Pentagone, de publier avec un cercle de réflexion, le Center for a New American Security, afin, dit-il, d’informer toute la communauté du renseignement, y compris en Europe.

Consumés par leurs efforts "louables" pour traquer les insurgés, prévenir les embuscades ou diriger les drones, les renseignements américains se font, selon le rapport, "leurrer" en "réagissant aux tactiques de l’ennemi au lieu de chercher à frapper au coeur de l’insurrection". "Le repérage de cibles à abattre n’aidera pas les forces américaines et alliées à gagner en Afghanistan", prévient le général Flynn.

"Le simple fait de tuer des insurgés ne sert généralement qu’à multiplier le nombre d’ennemis", rappelle-t-il, surtout parmi les "communautés pachtounes enclines à se venger". Les troupes soviétiques en ont fait l’expérience dans les années 1980, où, "bien qu’ayant tué des centaines de milliers d’Afghans, elles ont fait face à une insurrection plus nombreuse vers la fin du conflit qu’au début".

Plus occupés à se défendre qu’à comprendre leur environnement, les officiers de renseignement et les analystes américains sont, selon ce rapport, "ignorants de l’économie locale", "dans le flou sur ceux qui détiennent le pouvoir et sur la façon de les influencer" ou encore "sans curiosité".

Le général Stanley McChrystal, qui commande les forces américaines et de l’OTAN en Afghanistan, estime pourtant que "le conflit sera gagné en gagnant la population, et non en détruisant l’ennemi". Mais il juge, selon le rapport, que le président Obama, la hiérarchie militaire et le Congrès "ne reçoivent pas les informations adéquates pour prendre des décisions".

Sources "sous-estimées"

Les analystes de Washington, censés les guider, manquent cruellement d’informations et "de nombreux preneurs de décisions s’appuient davantage sur les journaux que sur le renseignement militaire pour obtenir "la vérité du terrain"", relève le rapport. Le document ne couvre toutefois pas les activités de la CIA, qui a perdu sept fonctionnaires, le 30 décembre 2009, à Khost, dans l’est de l’Afghanistan, lorsqu’un agent double d’Al-Qaida a commis un attentat-suicide dans leur base, où il avait été admis sans avoir été contrôlé.

Le général Flynn reproche à ses officiers de renseignement de ne pas suffisamment puiser dans des sources "sous-estimées", telles que les fermiers et les chefs tribaux, les émissions de radio locales, les soldats afghans, les employés de l’ONU ou des organisations humanitaires. Ces sources offrent "peu d’indices sur la position des insurgés, mais elles fournissent des éléments d’une importance stratégique plus grande encore - une carte pour gagner le soutien populaire et marginaliser l’insurrection", écrit-il. Le rapport recommande notamment la mise en place d’équipes d’analystes autorisés, "à la manière de journalistes, à rendre visite sur le terrain à des relais d’information à la base". Au lieu d’être spécialisées dans un seul domaine (trafic de drogue, insurrection, gouvernance), ces équipes se spécialiseraient par région. Le recrutement pourrait, suggère le rapport, se faire aussi parmi "les journalistes de presse écrite expérimentés licenciés dans le cadre de la réduction des dépenses de ce secteur".


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