dimanche 17 décembre 2017

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Ce kamikaze qui avait menacé Redeker

Thierry Portes, le Figaro

vendredi 8 janvier 2010, sélectionné par Spyworld

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L’agent double qui a tué sept membres de la CIA animait un site djihadiste à l’origine d’une fatwa contre l’intellectuel français.

Une de ses nombreuses activités avait conduit al-Balawi, l’agent double qui a tué pour al-Qaida dans un attentat suicide en Afghanistan sept agents de la CIA le 30 décembre dernier, à condamner à mort le philosophe français Robert Redeker. C’est en effet le site djihadiste al-Hesba, que dirigeait Humam Khalil Abou-Mulai al-Balawi, qui a lancé une fatwa contre l’auteur d’une tribune virulente contre le Coran publiée par Le Figaro en septembre 2006. Depuis cet appel au meurtre, Robert Redeker vit toujours reclus, sous protection policière, dans la région toulousaine.

À peine publiée, cette tribune avait déclenché l’ire du cheikh fondamentaliste Youssef al-Qaradawi, prédicateur vedette de la chaîne de télévision al-Jezira. Plusieurs pays arabes, tel l’Égypte estimant que l’article insultait l’islam, avaient momentanément interdit Le Figaro.

À l’époque, l’Internet n’a évidemment pas manqué de relayer nombre de propos enflammés, ignominieux et violents. Ceux du site al-Hesba, catalogué comme proche d’al-Qaida, ont fini d’inquiéter les autorités policières françaises. Ces dernières ont ainsi fait savoir fin septembre 2006 que « la DST (le renseignement intérieur, actuelle DCRI) et l’unité de coordination de la lutte antiterroriste ont analysé ces menaces et ont conclu à leur dangerosité. Il a donc été décidé de mettre en place une surveillance » pour protéger Robert Redeker d’une attaque inspirée par la mouvance djihadiste internationale.

Agent de la CIA

Il y a fort à parier que les services secrets français ne découvrent qu’aujourd’hui que le responsable du site al-Hesba était un agent connu de la CIA, qui le considérait comme l’un des siens.

Comme toute vie d’agent double, celle d’al-Balawi est complexe. Sous le pseudonyme d’Abu Dujana al-Khorasani, il multipliait sur Internet les diatribes contre l’Occident. Son site al-Hesba expliquait en 2006 « com­ment tuer un croisé dans la péninsule arabique ». En 2008, alors que d’autres sites proches d’al-Qaida étaient fermés, al-Hesba postait toujours ses appels à « la guerre contre les juifs », et souhaitait la victoire présidentielle de McCain, le candidat républicain étant jugé plus favorable à la stratégie d’al-Qaida.

À un moment donné, les services jordaniens crurent avoir retourné al-Balawi. C’est eux, semble-t-il, qui le présentèrent à la CIA. Le site al-Hesba poursuivait tranquillement son œuvre. Celle, d’al-Qaida, à laquelle al-Balawi se dévouait. Jeudi l’organisation de Ben Laden a officiellement revendiqué l’action kamikaze de leur activiste. Son attentat suicide a été présenté comme une « vengeance » après les attaques de drones américains au Pakistan, notamment celle contre le chef taliban Baitullah Mehsud. Une version que ne peut croire l’épouse turque d’al-Balawi, Defne Bayrak, qui rédige des commentaires pour la presse islamiste dans son pays. Elle croyait que son mari était au Pakistan pour parfaire ses études de médecine. « Il écrivait parfois ses opinions sur Internet, mais il ne participait à aucune manifestation », a-t-elle confié hier à la chaîne NTV.


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