mercredi 18 octobre 2017

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Les listes de suspects, outils imparfaits de la lutte antiterroriste

AP

lundi 11 janvier 2010, sélectionné par Spyworld

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Les listes de suspects constituent un outil important mais très imparfait dans la lutte antiterroriste : des problèmes aussi simples qu’une orthographe imprécise et des données incomplètes, mais aussi des falsifications et le manque de coopération de certains pays, peuvent permettre à un terroriste de passer au travers des mailles du filet, selon les experts.

Les autorités britanniques sont fières de leur liste, qui compte un million de noms, dont celui d’Umar Farouk Abdulmutallab, l’auteur présumé de l’attentat manqué du 25 décembre contre un vol Amsterdam-Detroit de la Northwest Airlines. Mais cela n’a pas empêché ce jeune Nigérian de s’embarquer, des explosifs cachés dans ses sous-vêtements, ce qui montre les limites de ces dispositifs.

"Les listes sont précieuses pour s’assurer que les gouvernements dans le monde sont capables de surveiller des individus", souligne John Harrison, spécialiste en sécurité aérienne à l’école Rajaratnam des études internationales de Singapour. "Mais il ne faut pas donner trop d’importance à ces listes", et croire : "’bon, maintenant nous sommes en sécurité’".

Les experts soulignent que le renseignement humain, le partage d’informations et l’analyse des données sont également essentiels pour déjouer les projets terroristes, et Londres a annoncé une révision de sa liste après l’attentat manqué de Noël.

La liste britannique contient les noms de toutes sortes de personnes : terroristes présumés, imams radicaux ou encore candidats à un visa recalés, comme Abdulmutallab, dont le nom a été ajouté après qu’un visa d’étudiant lui eut été refusé en mai 2009 parce qu’il avait inscrit le nom d’une université fictive dans son formulaire.

Cette liste est l’élément-clé d’un programme baptisé "E-frontières", qui vérifiera à terme les noms de tous les voyageurs se rendant en Grande-Bretagne ou faisant simplement escale dans le pays. Selon le ministre britannique de l’Intérieur Alan Johnson, la liste a permis près de 5.000 arrestations depuis 2005, essentiellement de suspects de meurtres, de viols et d’agressions plutôt que de terrorisme, et a conduit à empêcher l’entrée sur le territoire britannique de 65.000 personnes l’an dernier.

Aux Etats-Unis, Abdulmutallab figurait dans une base de données de 500.000 personnes soupçonnées de liens terroristes, mais son nom n’était mentionné dans aucune liste d’interdiction de vol. La Grande-Bretagne a de son côté reconnu n’avoir aucun élément montrant que le jeune homme préparait un attentat, et ne l’a pas signalé aux autorités américaines comme représentant une menace particulière.

Alain Chouet, un ancien responsable de la Direction générale française de la sécurité extérieure (DGSE), estime que les listes qu’il a vues lorsqu’il était en poste n’étaient "viables qu’à 10%" environ.

"L’identité des personnes en dehors de la tradition européenne est vague. Les gens peuvent changer leur nom et il y a le problème de la transcription dans les alphabets européens", note-t-il. Il cite l’exemple du prénom Mohamed, qui peut avoir différentes orthographes en anglais, en français et en polonais.

Même les chiffres des passeports ne sont pas une garantie : ils peuvent être falsifiés, et les titulaires peuvent se procurer des passeports dans différents pays.

Par ailleurs, certains pays sont plus coopératifs que d’autres. Les Etats de l’Union européenne et leurs alliés proches, comme les Etats-Unis, partagent régulièrement des informations. "C’est en dehors de l’Europe que nous rencontrons des problèmes", a noté la semaine dernière le ministre britannique de l’Intérieur Alan Johnson.

Les experts estiment que les données biométriques introduites dans les passeports sont essentielles pour la fiabilité des listes. Elles sont "très difficiles à falsifier", souligne Magnus Ranstorp, un expert en terrorisme de l’Ecole nationale suédoise de défense.

Il existe dans le monde de multiples listes de surveillance, qui se chevauchent souvent. En plus de celles des Etats, Interpol a créé une Liste de surveillance du terrorisme en avril 2002 à laquelle quelque 180 pays peuvent avoir accès. Elle a permis l’arrestation le 21 novembre à l’aéroport de Djakarta, en Indonésie, d’Abdul Basir Latip, un militant lié à Al-Qaïda originaire des Philippines.

Les autorités indonésiennes avaient été alertées par Interpol, qui a partagé des informations provenant d’une liste américaine. Ce genre de coopération efficace est plus importante pour la sécurité que les listes elles-mêmes, selon les experts.


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