jeudi 14 décembre 2017

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Pékin teste un système de défense antimissile

Arnaud de La Grange, le Figaro

mercredi 13 janvier 2010, sélectionné par Spyworld

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Comme par coïncidence, l’essai « réussi » survient dans le contexte de ventes d’armes américaines à Taïwan.

Entre la Chine et les États-Unis, c’est une sorte de diplomatie du missile - ou plutôt de l’antimissile - qui se joue ces jours-ci. Pékin a annoncé ce mardi avoir procédé « avec succès » à l’interception d’un engin de moyenne portée en vol. Et ce quelques jours après l’annonce de la vente de systèmes antimissiles Patriot à Taïwan, qui a suscité l’ire de Pékin.

Sur le plan militaire, l’affaire n’est pas anodine. Fidèle à sa ligne de montrer sa puissance tout en n’effrayant pas trop ses voisins, Pékin a fait préciser par l’agence Chine Nouvelle qu’il s’agit d’une arme « de nature défensive », qui « ne menace aucun pays ». Mais le Global Times souligne que c’est la première fois qu’un tel système est testé, et qu’il s’agit d’une « percée » majeure dans les capacités de défense aérienne chinoises. Des experts chinois expliquent qu’il s’agit d’un bond technologique par rapport au précédent essai de tir antisatellite.

En 2007, Pékin avait surpris le monde en détruisant un de ses vieux satellites météo avec un missile balistique. Tout le monde y avait alors vu un avertissement envoyé aux Américains, leur signifiant que leur domination aérienne et spatiale ne serait pas éternelle… Et, en novembre dernier, un site Internet d’analyse militaire américain a montré la photo d’une base présumée d’armes antisatellites chinoises.

Appels au boycott

Washington s’alarme des capacités d’interdiction d’accès au ciel ou à la mer dont se dotent les Chinois. Un sujet majeur d’inquiétude est l’effort fait par Pékin pour développer de nouveaux missiles balistiques anti-navires (ASBM), qui pourraient rendre délicat tout déploiement naval américain dans la région. Sur le plan diplomatique, le signal semble clair aussi. Bien sûr, un tel essai devait être préparé depuis longtemps. Mais la concomitance du test avec le feu vert américain à la vente de Patriot PAC-3 à Taïwan est plus que troublante. Ces batteries antimissiles sont capables d’intercepter une partie des 1.500 mis­siles chinois qui seraient encore pointés sur l’« île rebelle ».

Les États-Unis ont annoncé la semaine dernière avoir donné le contrat à Lockeed Martin. Le ministère chinois a réagi en déclarant se réserver le droit de répondre par « toutes les mesures appropriées ». Et averti que cette vente était un « obstacle sévère » aux relations militaires sino-américaines.

Cette vente de Patriot était attendue et fait partie - avec des hélicoptères ­Apache, notamment - d’un paquet d’armements évalué à 6,5 milliards de dollars, pour lequel l’Administration Bush avait demandé une approbation au Congrès en octobre 2008. Mais Pékin veut envoyer un signal pour éviter d’autres ventes, Taïwan souhaitant encore se doter d’avions F-16.

Comme lors de la crise sino-française sur le Tibet, la presse chinoise signale que des cohortes d’internautes appellent « spontanément » au boycott de produits américains. Des éditoriaux prédisent des frictions entre Pékin et Washington. Avec, en ligne de mire, la prochaine rencontre prévue entre Barack Obama et le dalaï-lama.


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