jeudi 24 juillet 2014

Accueil du site > Technologie > Les drones civils s’apprêtent à décoller

Les drones civils s’apprêtent à décoller

Frank Niedercorn, Les Echos

lundi 18 janvier 2010, sélectionné par Spyworld

logo

Le marché des appareils sans pilote est encore l’apanage des militaires, mais les civils commencent à imaginer des applications. La Direction générale de l’aviation civile réfléchit à adapter la réglementation aérienne.

Ici PC de surveillance forestière. Le drone qui est en patrouille signale des fumées sur le nord du massif. » La phrase fleure encore bon la fiction, mais plus pour longtemps. Aujourd’hui, ce sont les militaires qui achètent ces appareils aériens sans pilote (« unmanned aerial vehicle » en anglais), qui peuvent fonctionner de façon automatique. C’est même le marché le plus dynamique de l’industrie aéronautique et spatiale : 3,4 milliards de dollars (2, 36 milliards d’euros) aujourd’hui et 7,3 milliards de dollars d’ici à une dizaine d’années, selon Teal Group Corporation. Ces appareils sillonnent le ciel de l’Afghanistan et toutes les zones de conflits armés. Mais les applications civiles vont apparaître. Surveillance de l’environnement ou des frontières, sécurité de sites sensibles, contrôle de l’intégrité d’ouvrages d’art… De multiples applications sont envisageables grâce à l’électronique et aux capacités des logiciels de calcul.

Si l’avènement des drones dans le monde civil ne fait guère de doute, la question est de savoir à quelle échéance. Le problème n’est guère technique. « Les militaires les utilisent. C’est tout dire », résume Hubert Forgeot, fondateur de la société Aérodrones, qui s’est justement spécialisée dans la mise au point de systèmes de contrôle qui puissent être communs à plusieurs appareils. L’un des critères de succès sera d’avoir des logiciels de commande suffisamment simples pour qu’ils puissent être utilisés par des non-spécialistes. Quant à l’argument économique, il est imparable. « Hormis le prix de l’appareil [quelques dizaines de milliers d’euros aujourd’hui, NDLR], l’heure de vol ne coûte rien. Contrairement à un avion, dont il faut payer le pilote et le kérosène », assure Christophe Mazel, de Fly-n-Sense, une PME née sur l’Aéroparc de Mérignac dans la banlieue de Bordeaux. Bref, le drone est idéal pour une série d’activités que les Anglo-Saxons qualifient de « dull, dirty, dangerous » (répétitives, sales, dangereuses).

Préserver la sécurité aérienne

Qu’est-ce qui empêche aujourd’hui les drones de vraiment décoller ? Tout simplement la réglementation aérienne, dont les textes n’envisagent que l’aéromodélisme. Or celui-ci n’est autorisé qu’en dehors des agglomérations et sur des terrains très délimités, réservés à cette activité. « Tout change dès lors que l’on parle d’engins destinés à la photo aérienne, au relevé de fuites thermiques ou aux relevés topographiques. Le contexte est bien différent de l’aéromodélisme, résume un expert de la Direction générale de l’aviation civile [DGAC]. Sans parler des problèmes des fréquences permettant de piloter les drones, et qui sont déjà en nombre insuffisant si l’on écoute les pratiquants de l’aéromodélisme. »

Les choses se précisent tout de même tout doucement. Depuis la semaine dernière, un arrêté donne aux « aéronefs non habités » une existence administrative. Le texte précise ainsi que leur utilisation devra être « portée préalablement par les usagers à la connaissance des services de l’aviation civile ». Et ce même lorsqu’ils sont utilisées en vol à vue. « C’est une bonne nouvelle, puisque cela officialise l’existence des drones. Même si cela signifie aussi plus de travail administratif », explique un industriel.

D’ailleurs la DGAC travaille à la modification de la réglementation actuelle afin de préserver la sécurité aérienne. Un texte devrait être présenté aux professionnels vers la fin de ce trimestre. Mais la prudence est de mise. A la DGAC, on garde en mémoire la démonstration effectuée à l’hôtel de Sully, à Paris, par la société Bertin en 2005. Par deux fois, le Hovereye, un drone de 2,8 kilogrammes, a été piégé par les rafales de vent tourbillonnant et s’est retrouvé par terre. Et même la police, qui dès cette année va doter ses unités d’élite (RAID et GIPN) de drones à voilure tournante, discute avec la DGAC pour obtenir l’autorisation de faire voler ces appareils.

Des marchés de niche

En attendant, quelques marchés de niche permettent aux PME de se faire la main. L’inspection des ouvrages d’art, par exemple. « Nous avons inspecté les structures du stade de Monaco en trois jours. Avec des méthodes traditionnelles, il aurait fallu trois mois », explique Pascal Zunino, de l’entreprise Novadem. La société Hélios en a même fait une spécialité. Elle a mis au point une technique d’auscultation des grands ouvrages d’art (barrages ou ponts) au moyen d’un drone doté d’un appareil photographique. L’analyse des images permet un premier diagnostic. Puis la reconstitution virtuelle de l’ouvrage à partir des images numériques permet l’analyse de l’évolution dans le temps.

Pour l’instant, le marché se situe davantage à l’export. Ainsi, pour la jeune société Infotron, qui fournit les drones à Hélios et facture aussi du service, c’est à l’étranger que sont les meilleurs contrats : Colombie, Mexique, Brésil… Tous les pays dans lesquels les problématiques de réglementation aérienne sont peu de chose à côté des guérillas, des narcotrafiquants ou de la surveillance d’installations sensibles comme des gazoducs. Il reste toutefois à trouver l’application qui va entraîner les autres. « C’est de là que viendra l’innovation. Aujourd’hui, tout le monde se bat sur la voilure la plus innovante, alors que tout a déjà été plus ou moins inventé depuis les débuts de l’aviation », insiste Hubert Forgeot, fondateur d’Aérodrones.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :