mardi 17 octobre 2017

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L’UE encouragée à se doter d’une défense antimissile

Isabelle Lasserre, le Figaro

vendredi 22 janvier 2010, sélectionné par Spyworld

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Un rapport parlementaire estime qu’un « bouclier » renforcerait la dissuasion nucléaire.

C’est l’une des principales menaces à venir. Considérés comme « l’aviation du pauvre », remplaçant les chasseurs des armées occidentales pour ceux qui ne peuvent s’en offrir, les missiles balistiques se développent à toute vitesse. Une trentaine de pays, dont certains possèdent ou sont en train d’acquérir la bombe nucléaire, font déjà partie du club. À l’horizon 2015, leurs lanceurs pourront parcourir 3.000 kilomètres. En 2025, les missiles à longue portée seront sans doute capables d’atteindre tout le continent européen.

Comment se protéger dans le futur d’une éventuelle attaque de l’Iran, de la Corée du Nord, voire du Pakistan ? Face à la prolifération des armes de destruction massive et des missiles balistiques, la France et l’Europe ont le devoir de se doter d’une défense antimissile, seule à même, en complétant la dissuasion nucléaire, d’assurer leur sécurité. Telles sont les conclusions d’un rapport rédigé par trois députés et rendu public hier.

En septembre dernier, Barack Obama a annoncé l’abandon du bouclier antimissile américain en Europe centrale, qui crispait Moscou. Washington a promis de le remplacer, dès 2011, par un système plus souple. Le nouveau dispositif américain doit être dévoilé lors du prochain sommet de l’Otan, à Lisbonne, fin 2010. D’ici là, l’Europe devra avoir choisi son camp. Pour la France, ce changement de posture constitue « à la fois une opportunité et un risque ». « Les Européens ont deux options : se placer sous protection américaine et perdre leur indépendance stratégique, ou bâtir une capacité autonome en fournissant des briques technologiques à l’Otan », résument les parlementaires, le socialiste Gilbert Lebris, l’UMP Christophe Guilloteau et le centriste Francis Hillmeyer.

Frilosité française

Les députés en sont persuadés : si la France veut maintenir son niveau de sécurité sur le territoire national et sur ses théâtres d’opérations, continuer à faire entendre sa voix dans le monde et rester dans la course industrielle et technologique, elle doit accrocher son wagon au train de la défense antimissile. Celle-ci n’est, selon eux, pas contradictoire avec la dissuasion nucléaire, mais plutôt complémentaire. « Imaginez que notre base aux Émirats arabes unis soit attaquée. La dissuasion nucléaire serait une réponse trop forte. La défense antimissile peut servir dans les cas où la dissuasion ne peut pas intervenir », explique Gilbert Le Bris. Ce nouveau créneau pourrait en outre, selon lui, faire pousser des ailes à l’embryonnaire Europe de la défense.

Les parlementaires sont conscients d’avoir jeté « un pavé » dans la mare en voulant faire voler en éclats « le déni politique » qui entoure le sujet en France. Longtemps, les responsables politiques et militaires ont fait la sourde oreille au développement d’un secteur qui, à leurs yeux, affaiblirait la sacro-sainte dissuasion nucléaire française. Dans son discours de Cherbourg en mars 2008, Nicolas Sarkozy a entrouvert la porte à la défense antimissile.

La frilosité française qui prévaut depuis sur la question ne manque cependant pas d’arguments. En ces temps de crise économique, la France a déjà dû renoncer, en tout cas provisoirement, à un second porte-avions. En raison de son coût très élevé, la défense antimissile ne manquerait pas d’avoir des conséquences sur d’autres programmes. Enfin, à voir le peu d’enthousiasme de certaines capitales européennes à l’égard d’une défense commune, et la faiblesse des budgets qui lui sont alloués, difficile de voir comment la France pourrait rapidement rallier ses partenaires à un tel projet.

« En 1962, pour empêcher Paris de développer l’arme atomique, Kennedy voulait créer une force multilatérale (qui proposait de mutualiser les moyens des États-Unis et de l’Europe). C’est parce qu’elle a résisté à Washington que la France a pu acquérir la bombe nucléaire. Aujourd’hui, nous sommes face au même défi avec la défense antimissile », explique Nicolas Pilliet, le directeur de Défense et Stratégie. Une question de volonté politique.


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