mardi 12 décembre 2017

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La guerre des drones

Mathieu Perreault, La Presse

dimanche 24 janvier 2010, sélectionné par Spyworld

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En 1982, Israël s’est servi de drones pour localiser et détruire la défense antiaérienne syrienne au Liban. Cette première démonstration de l’utilité des avions sans pilote modernes a mené à un essor exceptionnel de l’aviation militaire dans ce secteur. L’armée de l’air américaine forme maintenant davantage de militaires pour piloter des drones à distance que de pilotes de chasseurs ou de bombardiers.

Ils surveillent les trafiquants de drogue au large de la Floride, les pirates somaliens, les immigrants illégaux au Mexique et la frontière canadienne. Ils sont aux premières loges des attaques contre les djihadistes au Pakistan. Et ils pourraient bien remplacer les prestigieux bombardiers B1 et B2. Les drones ont le vent dans les voiles.

« Israël fait maintenant plus de vols de drones que d’avions avec pilote », explique Steve Zaloga, analyste au groupe Teal, à Baltimore, qui publie depuis six ans une analyse annuelle du marché des drones.

« Le marché dépasse les quatre milliards de dollars. C’est trois fois moins que le seul marché des chasseurs, mais il faut se souvenir que les drones ne coûtent qu’une fraction du coût des avions avec pilote. En nombre, on approche de la parité. L’armée de l’air américaine forme maintenant une majorité de pilotes de drones. »

À tout moment, des dizaines de drones sont en vol au-dessus du Pakistan et de l’Afghanistan, avec des caméras assez précises pour lire une plaque d’immatriculation, comme dans le film Syriana. Le New York Times rapportait récemment que les analystes militaires sont débordés par ce déluge de vidéos, qui va exploser dans les prochaines années : les drones de surveillance passeront bientôt d’un à dix angles de vue, avec enregistrement en permanence, et enregistreront l’an prochain sous 30 angles de vue.

À la retraite

L’idée d’un avion sans pilote date de la Première Guerre mondiale, mais il a fallu attendre la fin de la Seconde Guerre pour que la technologie soit suffisamment avancée, explique M. Zaloga. Après plusieurs tentatives, les États-Unis ont mis au point un avion de reconnaissance, le Lightning Bug, qui a fait 3400 missions de reconnaissance photographique au Vietnam avec des pertes de 16% - évitant ainsi la mort ou la capture de centaines de pilotes. Mais il fallait rester à distance radio et, surtout, les films devaient être développés au retour.

« Un officier israélien qui avait travaillé aux États-Unis a eu l’idée d’équiper des drones des premières caméras portables, dont les images pouvaient être retransmises plus facilement, dit M. Zaloga. Ça a permis le succès de 1982 contre les batteries antiaériennes syriennes, qui étaient de fabrication soviétique et très sophistiquées. Les Américains ont renouvelé leur intérêt pour les drones, ce qui a mené aux premières missions de surveillance dans les guerres des Balkans, dans les années 90, avec des retransmissions à longue distance par GPS. En quelque sorte, les drones ont été responsables de la mise à la retraite de l’avion de reconnaissance SR-71. »

Drones terrestres

La prochaine victime de la technologie pourrait bien être le remplaçant du B2, le célèbre bombardier furtif, si sophistiqué que son prix - 1,5 milliard pièce - a limité son nombre à 20. En juin dernier, le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a annoncé que le successeur de ce bombardier, prévu pour 2018, pourrait bien être sans pilote.

Les drones pourraient également jouer un rôle crucial dans la défense antimissile, notamment contre les missiles à courte portée, un casse-tête pour Israël, l’un des pionniers du domaine.

Ce marché alléchant, qui devrait doubler d’ici 10 ans selon Teal, fait l’objet de grandes manoeuvres. Les PME qui ont produit les premiers modèles - General Atomic, qui fabrique le célèbre Predator, est la propriété de deux frères, magnats de l’immobilier à Denver - sont achetées les unes après les autres par les géants de l’aviation militaire.

« Comme il s’agit de sommes infimes en aviation, presque tout le monde peut tenter sa chance », dit M. Zaloga. IRobot, la firme américaine qui fabrique le célèbre aspirateur-robot Roomba, s’est même lancée dans la mêlée avec des drones terrestres à chenilles.

Des débuts chaotiques

L’essor fulgurant des drones ne s’est pas fait sans heurts. Selon un rapport du vérificateur de l’armée de l’air américaine, cité par le magazine Popular Science, le tiers des 200 Predators produits jusqu’à maintenant se sont écrasés, le plus souvent à cause d’erreurs humaines. Un « pilote » a même effacé par erreur la mémoire en plein vol, rendant le drone ingouvernable. L’armée de l’air veut augmenter de 400 à 1100 le nombre de pilotes de drones, espérant que les conditions de travail plus stables que celles des pilotes de chasse - les drones sont généralement pilotés depuis des bases aux États-Unis - attireront les recrues.


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1 Message

  • La guerre des drones 25 janvier 2010 06:39, par Jean-Jacques Cécile

    A mon sens, ce texte contient deux erreurs :

    1) Comme son nom l’indique partiellement (Global Positioning System), le GPS est un système de localisation par voie satellitaire et non une liaison de données. Techniquement parlant, il ne peut donc pas y avoir "retransmissions à longue distance par GPS" ;

    2) Il est inexact d’écrire que "les drones ont été responsables de la mise à la retraite de l’avion de reconnaissance SR-71". Drones et SR-71 rendent des services qui ne sont nullement concurrents mais complémentaires. Si les SR-71 ont été mis à le retraite, c’est avant tout parce que la technologie vieillissante du Blackbird faisait qu’il était de plus en plus coûteux d’entretenir les exemplaires restants.