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Un face à face entre la Flotte de la Baltique et les missiles américains "Patriot" ?

Ilya Kramnik, RIA Novosti

dimanche 24 janvier 2010, sélectionné par Spyworld

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La Russie et les Etats-Unis procèdent de nouveau à un échange de gestes menaçants dans le domaine des armements.

Le 20 janvier 2010, on a appris que des batteries de missiles Patriot que les Etats-Unis envisagent de déployer en Pologne seront stationnées non pas dans la banlieue de Varsovie, mais près de la ville de Morag (voïvodie de Varmie-Mazurie), à une distance de 60 à 100 km de la frontière russe.

En réponse à ces informations, le matin du 21 janvier 2010, un haut représentant de la Marine russe a annoncé l’intention de renforcer la Flotte de la Baltique en raison du déploiement annoncé de missiles Patriot à proximité des frontières de la Russie.

Quelques heures plus tard, cette déclaration était démentie par un représentant du ministère de la Défense qui a déclaré : « Toutes les mesures de rééquipement et de modernisation des flottes russes, y compris celle de la Baltique, entrent dans le cadre du passage à une nouvelle image des Forces armées en conformité avec le programme d’Etat concernant les armements ».

Cependant, l’échange de vues survenu amène à réfléchir sur les possibilités qu’a la Russie de renforcer ses forces armées dans leur ensemble, et de la Flotte de la Baltique en particulier. Qu’en est-il vraiment ?

Malheureusement, le rythme de dotation de la flotte dans son ensemble (et non seulement de celle de la Baltique) est loin d’être conforme aux plans jadis annoncés et, à plus forte raison, à ses besoins. A ce jour, la frégate Iaroslav Moudry (projet 1154) est le dernier grand navire de surface à avoir rejoint la flotte. La construction de ce navire, deuxième dans sa classe, avait duré 20 ans et il n’a été mis en service qu’en 2009.

En ce qui concerne les derniers navires ultramodernes, il convient de noter que la flotte dispose actuellement d’une corvette du nouveau projet 20380 et que quatre bâtiments supplémentaires de ce projet sont en cours de construction et doivent entrer en service dans les toutes prochaines années. Les frégates du projet 22350 sont plus grandes et plus puissantes. L’Amiral Gorchkov, principal navire de la série, avait été mis en chantier en 2006, il doit être mis en service en 2011. Le deuxième navire, l’Amiral Kassatonov, a été mis en chantier en 2009.

Quant à l’équipement de la flotte en nouveaux sous-marins diesels, la situation est plus préoccupante. Le principal sous-marin du projet 677 qui subit des essais depuis 2006 n’est toujours pas entré en service au sein de la Marine russe, ce qui retarde la construction de toute la série qui comprend encore deux sous-marins.

Le nombre insignifiant de navires en construction prend une dimension plus réduite encore si l’on se souvient que la Russie possède quatre flottes éloignées l’une de l’autre et que chacune attend d’être complétée par de nouveaux navires, sans parler de la flottille de la Caspienne, mer fermée. Qui plus est, deux flottes parmi les quatre – celles du Nord et du Pacifique – sont présentes sur les théâtres d’opération des océans et elles ont pour tâche, entre autres, d’assurer le service des croiseurs sous-marins lanceurs d’engins stratégiques. Le renforcement de ces groupements navals est prioritaire.

Dans cette situation, il est évident que les volumes des achats ne permettent nullement de compenser le retrait du service du matériel obsolète, il est donc indispensable de moderniser les systèmes existants, y compris les navires et les sous-marins de la Marine de guerre, en les dotant d’armements modernes pour prolonger leur durée de vie.

Il en est de même pour les autres armes. Malheureusement, ces dernières années, les rapports sur la mise en service de nouvelles unités de combat de différentes classes dissimulent souvent la situation critique en matière d’équipement des forces armées en matériel de guerre. Cette crise ne peut être surmontée qu’en appliquant une politique unique, permanente et reposant sur des principes appropriés. Avant tout, du point de vue théorique, il convient d’adopter une nouvelle doctrine militaire et, en se basant sur des dispositions précises, donner une réponse nette à la question de savoir quels sont les systèmes d’armements vraiment nécessaires à l’armée, et en quelles quantités. D’autre part, ces chiffres ne doivent pas rester un sujet de discussion de couloir, ils doivent être rendus publics, comme cela est pratiqué dans les pays de l’OTAN qui publient régulièrement des prévisions en matière de défense où sont analysées les menaces éventuelles, ce qui permet de déterminer la future image des forces armées.

En se fondant sur ces arguments, il est nécessaire d’adopter un nouveau programme d’armement cumulant les livraisons de nouveau matériel et les réparations du matériel existant dans des quantités qui puissent satisfaire les besoins réels des forces armées.

Ces prévisions et les programmes d’achats qui en résultent doivent être régulièrement revus afin de rectifier le développement des forces armées du pays en fonction de l’évolution des circonstances.

Les documents doivent être suivis de réalisations matérielles concrètes à un niveau industriel moderne et avec le financement requis. C’est cette exigence qui est la plus difficile à satisfaire dans les conditions présentes, sans cela les forces armées russes ne peuvent que continuer à se dégrader.

Enfin, la condition principale du succès de la modernisation des forces armées est une volonté politique des dirigeants du pays clairement exprimée, de façon explicite. Cela sera bien plus efficace que l’histoire actuelle du « face à face entre la Flotte de la Baltique et les Patriot de Pologne ».

Ce texte n’engage que la responsabilité de l’auteur.


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