jeudi 19 octobre 2017

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Les liens entre le Canada et la CIA irriteraient Téhéran

Laura-Julie Perreault, La Presse

jeudi 28 janvier 2010, sélectionné par Spyworld

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Empoisonnées depuis la mort de la Montréalaise Zahra Kazemi, les relations entre le Canada et l’Iran pourraient-elles s’envenimer davantage ? Certains le craignent depuis la publication d’un livre mettant en lumière la collaboration étroite entre un diplomate canadien et la CIA pendant la prise d’otages de diplomates américains à Téhéran, en 1980.

La sortie du livre, à la fois en français et en anglais, coïncide avec le 30e anniversaire cette semaine d’un des événements marquants de l’histoire diplomatique canadienne et de la saga de la crise iranienne des otages.

Le 27 janvier 1980, grâce au travail de l’ambassadeur canadien à Téhéran, Ken Taylor, six diplomates américains qui avaient échappé à leurs ravisseurs ont quitté l’Iran en utilisant des passeports canadiens. Leurs collègues ont été libérés un an plus tard.

Cette partie de l’histoire était connue : le 29 janvier 1980, le journaliste Jean Pelletier a révélé dans La Presse le rôle que le Canada et Ken Taylor avaient joué. Mais le nouveau livre, écrit par l’historien Robert Wright, professeur à l’Université Trent, en Ontario, met l’accent sur le fait que pendant près de deux mois, le même ambassadeur a été l’homme de confiance des services secrets américains en Iran.

Dans Notre homme à Téhéran, Robert Wright explique que Ken Taylor avait accepté de relayer au gouvernement canadien des renseignements qui seraient ensuite communiqués à la CIA. Il avait notamment le mandat de surveiller le périmètre de l’ambassade américaine, où, pendant 444 jours, des étudiants islamistes ont maintenu en otage 54 diplomates américains. Il a aussi aidé les autorités américaines à trouver des cachettes pour l’organisation de l’opération de sauvetage Eagle Claw. Le livre révèle qu’un agent de la CIA, appelé Bob, travaillait avec le diplomate canadien.

Malgré ces épisodes dignes d’un roman d’espionnage, Ken Taylor, joint par La Presse hier, refuse de s’autoqualifier « d’espion ». « J’étais un diplomate canadien qui répondait à un appel à l’aide. C’était gardé secret et je ne devais surtout pas me faire prendre, mais je continuais en même temps à faire mon travail de diplomate », a-t-il expliqué.

Suspicion à Téhéran

Cependant, des experts de l’Iran sont convaincus que le gouvernement iranien actuel n’entendra pas les choses de la même manière. « Ça fait des années que les autorités iraniennes sont suspicieuses des ambassades et des diplomates. Maintenant, ils vont pouvoir s’exclamer : "On l’avait dit" », croit Houchang Hassan-Yari, professeur au Collège militaire royal du Canada, en rappelant que la CIA a toujours été identifiée par le régime des Ayatollahs comme l’un des pires ennemis de l’Iran.

L’auteur du livre, Robert Wright, doute pour sa part que son livre ait un tel impact. « Je serais très malheureux d’apprendre qu’un livre historique au sujet d’événements qui ont eu lieu il y a 30 ans ait des conséquences à Téhéran », a-t-il dit hier en entrevue alors qu’il s’apprêtait à prendre l’avion pour Washington. L’historien et Ken Taylor doivent assister aujourd’hui à une réception donnée par l’ambassade canadienne pour commémorer les événements de janvier 1980.

Le ministre des Affaires étrangères du Canada, Lawrence Cannon, abondait dans le sens de M. Wright hier. « Nous ne pensons pas que le livre va changer la nature de nos relations bilatérales avec l’Iran. Nous limitons notre engagement avec l’Iran à quatre sujets : le programme nucléaire de l’Iran, le bilan de l’Iran en matière de droits de la personne, le rôle de l’Iran dans la région et le cas de Zahra Kazemi et d’autres cas consulaires », a noté le ministre. Le gouvernement iranien n’a pour sa part pas émis de commentaire pour le moment.


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