dimanche 17 décembre 2017

Accueil du site > Renseignement > International > Michael Chertoff à la Sécurité du territoire

Michael Chertoff à la Sécurité du territoire

Philippe Gélie , Le Figaro

mercredi 12 janvier 2005, sélectionné par Spyworld

George W. Bush a retenu la leçon : à la place des gros bras de Bernard Kerik qui devaient épater la nation, il a choisi hier un austère juge de 51 ans, Michael Chertoff, pour diriger le ministère de la Sécurité du territoire.

L’homme est inconnu des services qu’il va diriger, ce qui ne devrait pas lui faciliter la tâche à la tête de 21 agences différentes et de 180 000 fonctionnaires. Le département de la Sécurité intérieure a été mis sur pied il y a deux ans afin de coordonner la police, les douanes, l’immigration et d’autres branches dont la dispersion s’était révélée dommageable lors des attentats du 11 septembre 2001. Plus grosse bureaucratie fédérale, ce mastodonte jusqu’ici dirigé par Tom Ridge s’est surtout fait connaître pour une série d’alertes oranges (risque d’attentat « élevé ») sans objet. Hier, Tom Ridge a promis une mobilisation sécuritaire « sans précédent » autour de la prestation de serment du président, pour laquelle on attend 250 000 badauds à Washington le 20 janvier.

Avec son parcours de juriste mais aucune expérience policière ou de management, Michael Chertoff va devoir justifier les compliments de George W. Bush, qui l’a présenté hier comme « un talentueux serviteur de la loi, un responsable clé de la guerre contre le terrorisme ». Depuis 2003, il siégeait comme juge à la cour d’appel fédérale du 3e District, après avoir été procureur du New Jersey. En 2001, il dirigeait la section criminelle du ministère de la Justice, où « il a joué un rôle crucial dans la réponse légale au 11 septembre », selon le président. Chertoff serait notamment à l’origine d’une mesure très controversée du Patriot Act, loi sécuritaire passée dans l’urgence 40 jours après les attentats, qui permet l’arrestation aléatoire des étrangers pour vérifier leur statut d’immigration.

C’est sans doute bien peu comparé aux états de service du candidat pressenti avant lui. Bernard Kerik, ex-chef de la police de New York, avait été choisi début décembre et forcé de se démettre une semaine après, officiellement pour une affaire de garde d’enfant non déclarée. En fait, le parcours atypique de ce « Rambo », orphelin parti de rien devenu riche et puissant, incluait trop de méandres au parfum de soufre. Après cet épisode embarrassant, la Maison-Blanche a clairement cherché une assurance tout risque avec un homme plus terne et qui ne passe pas pour être particulièrement « chaleureux ».

D’autres noms plus connus avaient été évoqués, celui de Joseph Lieberman, sénateur démocrate du Connecticut et ancien colistier d’Al Gore en 2000, qui a constamment soutenu la politique sécuritaire de George W. Bush, y compris en Irak. Mais le secret a été d’autant mieux gardé que Chertoff n’avait « jamais été impliqué dans aucune discussion sur la sécurité intérieure », selon le commentaire perfide d’un responsable. Même Tom Ridge a admis ne le connaître que « de réputation ».

La prédilection de George W. Bush à élever des personnalités qui lui doivent tout est ainsi confirmée. Rarement la Maison-Blanche aura joué un tel rôle d’ascenseur social et politique : Alberto Gonzales, le prochain attorney général (ministre de la Justice), est le fils d’immigrants pauvres ; Carlos Gutierrez, nommé secrétaire au Commerce, a débuté comme livreur de corn flakes ; et Mike Johanns, choisi pour l’Agriculture, comme garçon de ferme. La plupart viennent du cercle rapproché du président, mais certains ont été remarqués ou recommandés dans des rôles plus obscurs. Pour Chertoff, il s’agit peut-être du travail très partisan qu’il avait accompli entre 1994 et 1996, comme conseiller spécial de la commission du Sénat sur le scandale immobilier de Whitewater visant le couple Clinton.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :