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Le silence américain sur les attaques de drones au Pakistan critiqué

AP

jeudi 4 février 2010, sélectionné par Spyworld

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Washington est de plus en plus critiqué pour son opacité sur ses attaques de drones visant des talibans et Al-Qaïda dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan, programme géré par la CIA. Alors que les militants islamistes accusent ces tirs de missiles de tuer seulement des innocents, certains estiment que les Etats-Unis auraient tout intérêt à faire preuve de plus de transparence.

Le gouvernement pakistanais dénonce ces frappes comme une atteinte à sa souveraineté nationale, mais il est largement admis qu’il les soutient en privé, et fournit des renseignements aux Américains.

Les militants islamistes sont les seuls à dénoncer publiquement ces attaques. Ils affirment qu’elles font des centaines de victimes civiles, contribuant à la considérable impopularité au Pakistan de ces frappes qui éliminent cependant parfois des dirigeants extrémistes responsables de la mort de milliers de personnes. Un sondage conduit par Gallup Pakistan pour Al-Jazeera en juillet dernier a rapporté que seulement 9% des Pakistanais soutenaient les frappes.

Une plus grande transparence au sujet de cette politique de frappes ciblées pourrait améliorer l’image de ce programme d’attaques de drones sans pilote géré par la CIA, estiment certains observateurs. Des responsables américains déclarent en privé que les pertes civiles sont souvent beaucoup plus basses que ne le rapportent les médias. Mais cela ne suffit pas à contrer les affirmations des talibans.

"Le gouvernement américain ne dit même pas quelle est la proportion d’innocents (tués) par rapport aux cibles légitimes", remarque Michael Walzer, un spécialiste de l’éthique de la guerre. "C’est une erreur morale et de relations publiques."

Plusieurs organisations aux Etats-Unis ont tenté de calculer la proportion des civils parmi les plus de 700 personnes tuées dans ces attaques. Faute d’informations officielles, les résultats varient de 10% à 98%...

Les habitants interrogés par l’Associated Press dans le Nord-Waziristan, théâtre d’une majorité des frappes depuis le début du programme en 2004, pensent presque tous que les victimes sont des civils innocents.

Le silence des Etats-Unis soulève aussi des questions sur la conformité de cette politique avec le droit international. "La principale inquiétude (...) est que l’on ne sait pas sur quels critères on décide dans chaque cas d’appuyer sur la détente ou pas", note Paul Pillar, ancien responsable du contre-terrorisme à la CIA. "Chacune des décisions revient à une condamnation à mort pour une personne et habituellement pour d’autres lorsqu’il y a des dommages collatéraux."

Des organisations comme l’ONU et l’Union américaine des libertés civiles (ACLU) ont pressé le gouvernement américain de dire qui était tué dans ces attaques, mais n’ont pas jusqu’ici obtenu gain de cause. L’administration américaine refuse même de reconnaître l’existence du programme. Pourtant, des responsables du renseignement révèlent régulièrement les noms de militants de premier plan tués dans les raids, comme le chef des talibans pakistanais Baitullah Mehsud.

Les interrogations sur la manière dont la CIA choisit ses cibles se sont intensifiées avec la vague de tirs de drones qui a suivi l’attentat ayant tué sept membres de l’agence américaine du renseignement le 30 décembre dans la province afghane de Khost. Des militants basés au Pakistan auraient aidé à préparer cette attaque.

"Quand on a le genre d’attaques (de drones) que l’on a vu au cours des derniers jours en réponse à l’attentat de Khost, les suspicions commencent à monter" sur la volonté de limiter les pertes civiles, note Philip Alston, un enquêteur de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires. "Des informations seraient essentielles pour essayer d’apporter des garanties" sur ce point.

Selon les partisans de Washington, les Etats-Unis gardent le silence pour des raisons opérationnelles et à cause de la nature politiquement sensible des frappes pour Islamabad. Roger Cressey, un ancien responsable du contre-terrorisme dans les administrations Bush et Clinton, affirme pour sa part que la décision de tirer un missile répond à une procédure "très sérieuse et méthodique" de la CIA.

M. Cressey juge toutefois négativement le silence du Washington, qui laisse le champ libre aux allégations des talibans. "La nature a horreur du vide, et si le vide est rempli par ce que les talibans disent (...) alors cela influence une population qui est de plus en plus essentielle" pour le succès des Etats-Unis dans la région, juge-t-il.


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