lundi 16 octobre 2017

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Birmanie : soupçons sur un programme nucléaire secret

Maurin Picard, le Figaro

samedi 6 février 2010, sélectionné par Spyworld

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D’après un rapport américain, la Corée du Nord apporterait son aide à la junte birmane.

Ce n’est encore qu’un soupçon, mais il se renforce de jour en jour. La Birmanie, une des dictatures les plus sévères de la planète, nourrit d’obscurs desseins nucléaires. Tel est l’avertissement lancé par l’Institut pour la science et la sécurité internationale (Isis) dans un rapport récent qui résume le faisceau de présomptions des services de renseignements occidentaux.

Les experts David Albright et Paul Brannan, auteurs de cette étude, avancent pour indices la multiplication des importations par la junte de pièces de « technologie duale », destinées à un usage à la fois civil et militaire, ainsi qu’une coopération fructueuse avec une firme nord-coréenne, Namchongang Trading (NCG), elle-même inscrite sur la liste noire du Conseil de sécurité des Nations unies pour ses activités prolifé­rantes, notamment en Syrie.

« Certains équipements pouvant être utilisés dans un programme nucléaire ou balistique, écrit l’Isis, ont été transférés vers des infrastructures industrielles isolées dont la finalité demeure inconnue. » L’Allemagne, le Japon, la Suisse auraient ainsi vendu en 2006 et 2007 des équipements électroniques ultrasophistiqués, sans que leur destination finale soit clairement établie.

Mais le think-tank de Washington reste prudent. Rien ne permet encore d’affirmer que la Birmanie possède un programme nucléaire clandestin, ainsi que l’affirment nombre de dissidents, qui évoquent un mystérieux chantier militaire baptisé « Ayelar », à 15 km à l’est de la ville de Pyin Oo Lwin.

« La plus extrême prudence »

Pour l’Isis, le dossier birman reste suffisamment préoccupant pour mettre en garde les entreprises occidentales qui seraient sollicitées par la junte ou des entreprises écran œuvrant en sous-main pour la Corée du Nord ou la Birmanie. « Les faits évoqués, note l’institut, incitent les gouvernements et les entreprises à agir avec la plus extrême prudence dans leurs échanges avec la Birmanie. » Dans l’éventualité où elles seraient contactées par des entités gouvernementales birmanes, des entreprises commerciales ou d’autres sociétés étrangères pour l’achat de biens à double usage, les entreprises démarchées sont incitées à traiter ces requêtes « de la même manière que celles venant de l’Iran, du Pakistan ou de la Syrie », trois pays directement impliqués dans le trafic de technologie nucléaire.

Pour l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) à Vienne, il ne fait guère de doute que Nay Pyi Daw, la cité qui a remplacé Rangoon en tant que capitale en 2005, cherche depuis dix ans à se doter d’un programme nucléaire. Signataire du traité de non-prolifération (TNP) en 1992, le régime du président Than Shwe a signé un accord avec Moscou en 2002 prévoyant la construction d’un réacteur de recherche de 10 mégawatts. Dans l’intervalle, la Birmanie a resserré ses liens avec la Corée du Nord. En 2007, Rangoon et Pyongyang ont signé un accord de coopération militaire. Sans que personne à ce jour puisse déterminer la nature exacte des liens tissés entre les deux régimes.


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