jeudi 14 décembre 2017

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Un nouveau plan de bataille contre la bombe sale

Christophe Cornevin, le Figaro

samedi 6 février 2010, sélectionné par Spyworld

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Face aux périls terroristes et technologiques, la Sécurité civile modernise la détection et les processus de décontamination.

Confrontée au spectre tant redouté d’un attentat à la bombe « sale » ou d’un accident industriel majeur, la France cargue les voiles. Selon nos informations, une enveloppe de 150 millions d’euros a été débloquée pour développer un vaste plan de bataille visant à protéger la population. « Nous faisons tout pour que les engins suspects découverts soient neutralisés avant leur explosion, prévient le préfet, Alain Perret, directeur de la Sécurité civile. Si un tel drame ne peut être évité, il faudra être en mesure de traiter des centaines, voire des milliers de personnes contaminées… » Pour ce faire, des schémas tactiques gouvernementaux, classifiés et imaginés au sein du Secrétariat général de la défense nationale (SGDN), mettent en œuvre une série de ripostes de plus en plus sophistiquées intégrant des technologies de pointe. Pour l’heure, la sécurité civile ne dispose que de trois camions à « spectrométrie de masse » c’est-à-dire capables de détecter une fuite dans une centrale nucléaire ou identifier une contamination radiologique ou chimique liée à un attentat.

Basés en région parisienne et dans le Midi, ils vont être remplacés dès cette année par une flottille assez révolutionnaire de seize véhicules de détection d’identification et de prélèvement (VDIP). Bourrés de capteurs et d’électronique, ces « camions renifleurs » pourront pour la première fois déceler toute trace d’attaque biologique. « Dans certaines régions du monde, des groupes terroristes tentent de bidouiller en laboratoire des microbes tueurs, invisibles et très difficiles à maîtriser », grimace un haut fonctionnaire en lien avec les services de renseignements. Une menace dont les effets seraient bien plus dévastateurs que l’anthrax, si l’on considère que l’équivalent d’une tasse à café de toxine botulique versée dans une canalisation d’eau potable pourrait engendrer des milliers de morts en 24 heures. D’une valeur d’un million d’euros l’unité, prépositionnés dans les seize plus grosses agglomérations du pays, les « camions renifleurs » et leur laboratoire embarqué peuvent être transportés dans les entrailles de super-Canadair de type Dash 3 transformé en avions-cargos en période hivernale et volant à 750 km/h. Objectif : être en moins d’une heure sur n’importe quel point du territoire. Ces précieux prototypes complètent un maillage déjà composé de cellules mobiles d’intervention chimique (Cmic) ou radiologique (Cmir) armées d’hommes en scaphandre et du très discret détachement central d’intervention, fort de 200 techniciens et ingénieurs relevant des superflics du Raid et de leurs homologues gendarmes du GIGN. Au total, 25.000 sapeurs-pompiers « primo intervenants » sont déjà rompus aux risques toxiques les plus variés.

Mousse particulière

L’un d’eux évoque l’hypothèse de « bâtonnets » hyperirradiés abandonnés aux abords d’une gare ou d’un complexe commercial, à la manière de ce qu’ont fait les Tchétchènes dans des écoles russes. « Nous savons neutraliser les engins explosifs et objets souillés grâce à des “enceintes de confinement” qui étalent une mousse particulière absorbant ondes de choc et radioactivité », confie-t-on dans les services spécialisés du ministère de l’Intérieur.

Pour optimiser la prise en charge des victimes éventuelles, quelque deux cents chaînes de décontamination futuristes et à grande capacité (voir infographie) verront le jour d’ici 2014. Achetées 200.000 euros l’unité, elles seront stockées dans les plus grandes villes de France. Enfin, les 340 démineurs de la Sécurité civile - d’anciens militaires formés dans des théâtres de combats extérieurs - ont été appelés à se reconvertir dans la neutralisation des « engins explosifs improvisés » par d’apprentis artificiers. Chaque semaine, des rapports « confidentiel-défense » de la Direction du renseignement militaire (DRM) les informent de l’état des dernières trouvailles effectuées lors d’opérations en Afghanistan ou au Pakistan. L’année dernière, ils sont intervenus plusieurs milliers de fois sur des engins suspects. Mais le nombre des bombes désamorcées est gardé secret.

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