lundi 23 octobre 2017

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Accusations de torture : le MI5 éclaboussé par un scandale

Jim Jarrassé, le Figaro

jeudi 11 février 2010, sélectionné par Spyworld

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Sur injonction de la justice, la Grande-Bretagne a été forcée de révéler des documents prouvant la torture subie par un ancien détenu de Guantanamo. Les services américains et britanniques sont directement mis en cause.

Binyam Mohamed est au cœur d’un véritable scandale. Cet Ethiopien de 31 ans, ayant résidé huit ans au Royaume-Uni, a été arrêté au Pakistan en 2002 puis transféré en 2004 sur la base américaine de Guantanamo, à Cuba. Aujourd’hui libre et de retour à Londres, il a décidé de tout révéler. Il assure avoir été torturé à plusieurs reprises par les Américains lors d’interrogatoires au Pakistan et au Maroc. Et prétend que les services britanniques étaient au courant de tout.

Mercredi, Binyam Mohamed a obtenu une victoire majeure à la cour d’appel de Londres. Dans son jugement, le tribunal a publié en intégralité la liste des sévices subis par le détenu qui avait été fournie par la CIA au MI5 britannique en 2002. On y apprend notamment que Binyam Mohamed « a été soumis de manière intentionnelle à des privations de sommeil ». Les Américains l’ont aussi menacé de « disparition », ajoutent les documents. « Le stress provoqué par ces tactiques délibérées a été accru par le fait qu’il était enchaîné lors de ses interrogatoires », lit-on aussi dans le rapport des juges, qui considèrent ces agissements comme « cruels, inhumains et dégradants ».

Jusqu’à présent, le ministère des Affaires étrangères britannique avait réussi à bloquer la publication de ces informations, invoquant la « sécurité nationale » et la nécessité de préserver le secret des renseignements échangés entre Londres et Washington. Les Américains ont donc été surpris par la révélation de renseignements qu’ils croyaient confidentiels. La Maison Blanche s’est dite mercredi soir « profondément déçue » par la décision de la justice britannique. « Comme nous l’avions prévenu, le jugement va compliquer la confidentialité de notre relation de partage de renseignements avec le Royaume-Uni, et il entrera en ligne de compte dans notre futur processus de prise de décision ». Traduire : la collaboration anglo-saxonne sur le domaine du renseignement va être sérieusement remise en question. Un coup dur pour le MI5, qui entretient traditionnellement des relations étroites avec la CIA.

Le MI5 dans la tourmente

Les services britanniques doivent aussi faire face aux accusations des juges, qui ont établi l’implication du MI5 dans la version initiale du jugement. Ils assurent que le renseignement a entretenu une culture de la répression et du mépris des droits de l’homme, qu’il a délibérément induit en erreur une commission parlementaire sur la torture, et que, par conséquent, aucune confiance ne peut lui être accordée.

Une véritable bombe, que le ministère des Affaires étrangères avait réussi à désamorcer avant sa publication : dans une lettre privée transmise lundi aux juges de la Cour d’appel, et rendue publique par les médias britanniques, David Miliband, chef de la diplomatie britannique, assurait par la voix de son représentant que ces accusations constituent une « critique particulièrement dommageable de la bonne foi » du MI5 et demandait la modification du paragraphe concerné. Les juges accèderont à la demande du ministre en supprimant purement et simplement le passage.

Reste que les services britanniques auront du mal à se défaire des accusations de Binyam Mohamed, qui affirme qu’un membre du MI5 avait fourni les questions à lui poser lors d’interrogatoires au Maroc. Ce à quoi David Miliband a répondu mercredi que les interrogatoires de Binyam Mohamed n’avaient pas été conduits par des Britanniques. « Notre position est claire : le Royaume-Uni est fermement opposé à la torture », a-t-il assuré lors d’un discours à la Chambre des communes.

Mais le mal semble déjà avoir été fait et le chef de la diplomatie peine à convaincre ses concitoyens. Accusant Londres de « complicité avec la partie la plus honteuse de la guerre contre le terrorisme », Shami Chakrabarti, directeur de l’organisation des droits de l’homme Liberty, estime que le gouvernement ne peut dorénavant plus échapper à une enquête publique. Affaire à suivre.


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