vendredi 20 octobre 2017

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Drôles d’oiseaux pour surveiller la frontière suisse

Patricia Tourancheau, Libération

vendredi 23 décembre 2005, sélectionné par Spyworld

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Les Helvètes vont observer les allées et venues avec des drones. Côté français, on doute.

Des drones, des petits avions sans pilote équipés de caméras, vont voler au secours des douanes helvètes pour surveiller la frontière franco-suisse dès le 2 janvier afin de traquer les immigrés illégaux, les contrebandiers et les criminels. Au grand dam des policiers du cru et défenseurs des libertés qui y voient malice. Et sous le regard moqueur des policiers de l’air et des frontières (PAF) français. « Les Suisses nous sortent le grand jeu. Mais il n’est pas certain qu’il en vaille la chandelle », juge un commissaire de la PAF qui met en garde ses homologues sur d’éventuelles surveillances du côté de l’Hexagone : « Ils ont le droit de faire ce qu’ils veulent de leur côté. Pas du nôtre. Nous, on n’utilise pas de drone. C’est ridicule. Je rappelle que les Suisses ne sont compétents pour agir que sur leur territoire tant qu’ils ne sont pas entrés dans l’espace Schengen. »

« Mouvements suspects ». Les gabelous helvètes ont en effet demandé à l’Armée de l’air de pouvoir recourir, « pendant la nuit », à ces appareils espions « dotés de systèmes de vision à infrarouge pour observer les mouvements suspects de véhicules et de personnes », nous indique Iurg Noth, le chef du corps des gardes-frontière. A l’en croire, ses 2 000 hommes ont du mal à contrôler les entrées nocturnes en Suisse : « ça dépend des environs, avec les forêts et les sapins. » Ils réclament donc le concours de l’oeil perçant des drones. Et font appel à ces appareils magiques « pour le Jura, le canton de Vaud et de Neuchâtel ». Du coup, les douaniers suisses n’auront qu’à bien scruter les images transmises par ces petits avions d’exploration (4,6 mètres de long et 5,7 mètres d’envergure) téléguidés depuis le sol et capables de filmer sans discontinuer tout ce qui se passe à une vitesse de 100 km/h. Sitôt alertés par les images sur un « déplacement suspect », les douaniers comptent dépêcher aussitôt sur les lieux leurs « patrouilles au sol » pour contrôler ces contrebandiers ou convoyeurs de mallettes de billets de banque, voire « étrangers en situation irrégulière ». En plus, « c’est gratuit, le département fédéral de la Défense nous les prête », se réjouit Iurg Noth, sans préciser que l’heure de vol coûte 10 000 francs suisses (6 434 euros).

« Une mesure légitime » pour le département des Finances (qui coiffe les douanes) et le ministre suisse de la Défense, mais contestée par la police qui s’insurge de l’immixtion de l’armée dans les questions de sécurité intérieure. Ainsi, dans un communiqué, la fédération suisse des fonctionnaires de police refuse que « des drones militaires soient utilisés pour surveiller des manifestations ou assumer des tâches de police ».

Pour sa part, Hans-Peter Thür, le préposé fédéral à la protection des données, redoute que les images enregistrées en vol ne soient conservées et utilisées à tout-va . Cet ex-conseiller national écologiste émet des réserves d’ordre juridique : « Il n’y a pas de base légale suffisante en Suisse pour encadrer ce mode de surveillance non conventionnelle. Qui a le droit de visionner les images, de les stocker ? Les douanes font croire que c’est la même chose qu’une caméra installée à un poste-frontière, mais d’un peu plus haut ! Alors qu’il s’agit d’un type de surveillance d’une autre qualité. Ces drones ont une vue sur un terrain plus vaste. »

Petit joint. Les douanes ont renoncé à stocker les images, selon Irug Noth : « On ne les gardera pas, on réagira tout de suite avec les patrouilles contre les contrebandiers. » Et tous ceux qui franchissent illégalement la frontière. Le chef du corps des gardes-frontière promet de ne pas importuner les quidams qui pourraient être attrapés en infraction par les drones comme des fumeurs de joints dans une voiture. Quoique... : « Ce n’est pas notre tâche principale, mais si des gens sont contrôlés en train de consommer du haschisch, nous ferons notre travail. »

Au ministère de l’Intérieur à Paris, la « folie des grandeurs » des Suisses déclenche l’hilarité : « C’est quoi, cette connerie ! ça nous rappelle l’idée farfelue émise avant notre arrivée place Beauvau d’aller chercher Colonna dans les maquis corses avec des drones ! »


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