dimanche 10 décembre 2017

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Trois cavaliers et un fantassin en compétition pour l’Élysée

Jean Guisnel, Le Point.fr

dimanche 14 février 2010, sélectionné par Spyworld

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L’amiral Édouard Guillaud prendra à la fin du mois ses nouvelles fonctions de chef d’état-major des armées, mais une grave question agite le sommet de la hiérarchie militaire : qui lui succèdera comme chef de l’état-major particulier (CEMP) de la présidence de la République ? Il semble qu’une décision ne devrait pas être annoncée avant le Conseil des ministres du 23 février, une semaine avant la prise de fonctions du nouveau CEMP.

Nos lecteurs savent déjà que trois candidats sont en piste, les généraux Benoît Puga, actuel directeur du renseignement militaire ; Pierre de Villiers, chef du cabinet militaire du Premier ministre François Fillon ; et Didier Bolelli actuel patron de la DPSD (Direction de la protection et de la sécurité de la défense, ex-sécurité militaire) ; un quatrième coursier arrivé du diable vauvert a récemment rejoint les premiers compétiteurs : le général Olivier de Bavinchove, actuel commandant de l’état-major de force n° 1 de Besançon.

On voit déjà, au simple énoncé de ces quatre noms, que le choix de Nicolas Sarkozy a été restreint par les armées entre quatre officiers de l’armée de terre. C’est le fruit de savants dosages, liés à des équilibres bureaucratiques : l’EMA allant à un marin (Édouard Guillaud), le poste de chef de la transformation de l’Otan à Norfolk à un aviateur ( Stéphane Abrial ), les armées ont estimé que l’état-major de l’Élysée doit revenir à un terrien. Et sauf si Claude Guéant sort un marin ou un aviateur de son chapeau (ce que rien ne lui interdit de faire), c’est donc un homme habillé en kaki, évidemment saint-cyrien, que Nicolas Sarkozy aura à ses côtés. Mais lequel ?

Pierre de Villiers : Pierre Le Jolis de Villiers de Saintignon, né le 26 juillet 1956, ancien chef de corps du 501e/503e régiment de chars de combat, il a commandé la 2e brigade blindée et le Regional Command Capital de Kaboul (Afghanistan) dans le cadre de l’ ISAF , de décembre 2006 à avril 2007. Les connaisseurs estiment qu’il est préparé depuis des années par l’institution pour le poste de CEMP, pour lequel il est favori. Dans cette hypothèse, il serait le premier chef du cabinet militaire du Premier ministre "aspiré" au poste de CEMP. Voir sa biographie officielle .

Benoît Puga : né le 30 janvier 1953, fantassin et légionnaire parachutiste, il a commandé le 2e régiment étranger parachutiste, et le COS (commandement des opérations spéciales). Sa forte personnalité et son expérience opérationnelle en font un candidat de choix, mais ce ne serait pas celui du général Georgelin, qui ferait notamment valoir qu’il faut un homme "jeune" pour servir le président.

Didier Bolelli : né le 9 septembre 1955, ancien chef de corps du 13e régiment de dragons parachutistes, et ancien directeur des opérations de la DGSE, cet ex-officier de presse est le contraire d’un homme de communication. Mais il est très apprécié pour sa rigueur, sa discrétion et l’étendue de ses réseaux.

Olivier de Bavinchove : Ses amis poussent avec vigueur cet ancien chef de corps du 1er régiment de hussards parachutistes (RHP) et ancien chef d’état-major de la Finul au Sud-Liban, dernier à apparaître sur la liste des candidats. Ils avaient vu un signe dans le fait que Nicolas Sarkozy était allé sur ses terres présenter ses voeux aux armées au Sud-Liban en janvier 2009. On sait que Nicolas Sarkozy considère le chef de son état-major particulier comme le premier vendeur d’armes français. Aucun des candidats ne paraît disposer d’une compétence particulière dans ce domaine, mais Olivier de Bavinchove expliquait, dès 2004, dans un document du CEREM (Centre d’études et de recherche de l’École militaire) titré "les hauts potentiels" qu’un chef militaire possède une aptitude à tout traiter : "À l’évidence, son parcours professionnel le qualifie pleinement pour exercer des responsabilités à compétence générale." À ceux qui pourraient penser que nombre d’exemples permettent de contester cette prétendue omniscience, il répond par avance que les armées savent valoriser leurs meilleurs éléments : "L’élite militaire existe. À la différence d’autres élites, elle fonde sa légitimité sur un parcours professionnel ’down-top’ incontestable, dont on mesure partout et toujours les bienfaits, en termes de confiance, d’expérience et de cohésion. Ce parcours, très diversifié, est exemplaire dans son principe : il met fortement l’accent sur le comportemental, le relationnel, la capacité à discerner l’essentiel de l’accessoire, la capacité à prendre l’ascendant, le courage intellectuel, la prise de responsabilité et la faculté d’adaptation, tous critères associés dans les entreprises performantes, à la notion de ’haut potentiel’."

On rappellera pour la petite histoire que la majorité des plus hauts postes interarmées occupés ces dernières années par l’armée de terre avait été attribués à des généraux issus des troupes de marine, trois des quatre derniers CEMA (chefs d’état-major des armées) en étant issus [Maurice Schmitt (1987-1991) ; Jean-Pierre Kelche (1998-2002) ; Henri Bentegeat (2002-2006)]. Désormais, les cavaliers sont à la manoeuvre, puisque seul le fantassin Benoît Puga n’est pas issu de l’arme blindée cavalerie. Il s’agit certes davantage d’un clin d’oeil de l’histoire que d’autre chose, mais pourquoi ne pas le remarquer ?


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