mardi 17 octobre 2017

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Quand la CIA voulait renflouer un sous-marin soviétique

Le Figaro

dimanche 14 février 2010, sélectionné par Spyworld

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L’agence de renseignement vient d’ouvrir ses archives sur un projet ultra-secret mis au point durant la Guerre froide, pour renflouer un sous-marin soviétique en plein océan Pacifique.

C’est le genre de scénario bon pour les films d’espionnage, dont la CIA a toujours nié l’existence. Trente-cinq ans plus tard, l’ouverture partielle des archives de l’agence américaine de renseignement prouve que ce n’était pas qu’un fantasme. En 1974, les Etats-Unis ont mis au point une ambitieuse opération à hauts risques, baptisée « projet Azorian », qui visait à renflouer un sous-marin soviétique dans l’océan Pacifique, comme l’indiquent des documents nouvellement déclassifiés, publiés vendredi par l’organisation indépendante National Security Archive.

Ces documents, tirés d’un article de 50 pages écrit pour une publication interne de la CIA, détaillent ce projet approuvé à l’époque par le président Richard Nixon. L’histoire a commencé après que le sous-marin soviétique Golf-II, le K-129, a coulé en 1968 à la suite d’un incident dans l’océan Pacifique à environ 2.500 kilomètres d’Hawaii. Le sous-marin soviétique qui transportait trois missiles armés de têtes nucléaires représentait une occasion en or pour le renseignement américain s’il pouvait être renfloué et examiné. Un navire, le Hughes Glomar Explorer, avait été spécialement construit pour le projet de renflouement, avec l’aide du milliardaire Howard Hugues.

Le document déclassifié contient des passages occultés et ne répond pas la question du succès ou non de l’opération, et de ce que la CIA a appris du sous-marin et des ogives nucléaires soviétiques. Journalistes et historiens en ont conclu que le résultat du renflouement n’a pas été entièrement à la hauteur des espérances américaines. Seules quelques parties du submersible ont pu être remontées à la surface et les éléments les plus intéressants pour le renseignement sont restés au fond de l’eau.

Le soutien de Richard Nixon

« Alors, le projet Azorian a-t-il été une perte de temps et d’argent public ? », s’est interrogé Matthew Aid, de National Security Archive. « Nous n’en saurons rien tant que la CIA ne déclasse pas le reste de cet article ainsi que d’autres documents liés à l’opération ». Selon le document de la CIA, le président Nixon a personnellement soutenu la création d’un groupe de travail en 1969 pour essayer de récupérer le sous-marin, malgré le défi technique que représentait le renflouement de l’immense épave à environ 5.000 mètres sous la surface de l’eau.

Malgré les réticences de hauts responsables militaires, le président a donné son feu vert définitif en 1972 et l’opération a finalement eu lieu à l’été 1974, selon l’agence de renseignement. La mission secrète a fait l’objet d’une traque de la part de la marine soviétique. Ordre a donc été donné de se préparer à « une destruction d’urgence de tout document sensible qui compromettrait la mission si les Soviétiques essayaient d’aborder le navire », lit-on dans l’article de la CIA.

En 1992, le directeur de la CIA de l’époque, Robert Gates, aujourd’hui secrétaire à la Défense, a informé le président russe Boris Eltsine de l’opération en lui présentant un film montrant les funérailles de six membres d’équipage trouvés à bord de l’épave. Un ancien de la CIA, qui a été membre de l’équipage du navire américain, David Sharp, a écrit un manuscrit sur toute l’affaire, mais la centrale de renseignement a décidé qu’un tiers de l’ouvrage ne pouvait être publié, selon lui.


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