samedi 21 octobre 2017

Accueil du site > Défense > International > La puissance militaire chinoise alarme Tokyo

La puissance militaire chinoise alarme Tokyo

Régis Arnaud, le Figaro

vendredi 23 décembre 2005, sélectionné par Spyworld

Le Japon a dénoncé hier la « menace considérable » que représente le renforcement de l’armée chinoise.

L’ESCALADE verbale qui, faute de mieux, anime les relations diplomatiques sino-japonaises a franchi hier un nouveau palier. La Chine qui « a un milliard d’habitants et possède des bombes nucléaires » représente une « menace considérable », a souligné hier le ministre japonais des Affaires étrangères, Taro Aso. « Ses dépenses militaires enregistrent une croissance annuelle à deux chiffres depuis dix-sept années consécutives. Et la teneur de ces dépenses n’est pas transparente du tout », a-t-il ajouté. Pékin a immédiatement réagi, qualifiant ces propos d’« irresponsables ». « Quel est l’objectif pour un ministre des Affaires étrangères de la tenue de tels propos irresponsables et sans fondement ? », s’est interrogé un porte-parole des Affaires étrangères chinoises.

Ces escarmouches illustrent la rivalité qu’entretiennent les deux puissances asiatiques. La semaine passée, lors du sommet d’Asie de l’Est de Kuala-Lumpur, qui a posé les premières pierres d’une authentique intégration régionale - c’est-à-dire sans les Etats-Unis -, le premier ministre chinois, Wen Jiabao, a refusé de rencontrer son homologue japonais, Junichiro Koizumi. La Chine invoque les visites répétées du premier ministre nippon au temple Yasukuni de Tokyo où sont honorées les âmes de 2,5 millions de Japonais morts pour la patrie, parmi lesquels quatorze criminels de guerre condamnés par les Alliés après 1945.

Montée en puissance du naval

Des visites qui, selon Pékin, consacrent l’irresponsabilité affichée de l’armée impériale dans sa conquête sanglante de l’Asie au siècle dernier. Pour la Chine, ces hommages renouvelés viennent aussi à point nommé pour dénoncer un « manque de tact » historique du Japon.

Sur le fond, Taro Aso a en partie raison : le budget de la défense chinois, officiellement de 248 milliards de yuans (26 milliards d’euros), atteindrait en réalité le double, voire le triple de cette somme, selon la plupart des analystes indépendants. De son côté, le budget militaire du Japon, en baisse depuis quatre ans, représentera en 2006 environ 34,7 milliards d’euros. « Il est normal pour la Chine d’avoir un budget de la défense important : c’est un grand pays, avec des frontières à protéger. Mais contrairement aux autres nations la Chine n’a aucun contrôle externe de son budget, comme le fait la Cour des comptes en France, par exemple », explique un analyste militaire.

Dans le budget chinois, c’est surtout la part de l’armement naval qui augmente (bateaux de débarquement, sous-marins silencieux...), notamment en vue d’un possible débarquement à Taïwan. Le Japon s’alarme particulièrement de la mise en place par Pékin d’un « collier de perles », terme par lequel les experts désignent une enfilade de bases maritimes allant des champs de pétrole du Moyen-Orient jusqu’à la mer de Chine. Tokyo redoute que ce réseau, une fois activé, puisse bloquer le trafic entre ces deux régions, et asphyxier le Japon. Désormais, la Chine transforme sa marine côtière en une flotte capable d’affronter l’océan à un rythme qui surprend la plupart des observateurs avertis. « A l’horizon 2010, elle devrait avoir 70 navires de surface ultramodernes, plusieurs sous-marins nucléaires stratégiques modernes et des dizaines de sous-marins d’attaque, dépassant par là, au moins du point de vue quantitatif, la marine de Taïwan et même les Forces d’autodéfense japonaises - l’armée nippone -, toutes deux technologiquement en pointe », avertissait dans un récent article l’ancien chef de la marine militaire japonaise, l’amiral Hideaki Kaneda.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :