jeudi 19 octobre 2017

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Hervé Morin lance la modernisation de l’armée de terre

Alain Ruello, les Echos

lundi 22 février 2010, sélectionné par Spyworld

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Le ministre de la Défense lance aujourd’hui le plus gros programme d’équipement de l’armée de terre depuis le char Leclerc. Mais la procédure d’acquisition suscite des doutes sur les risques de conflit d’intérêts.

Scorpion, c’est parti. Après des années de réflexion au sein de l’état-major, Hervé Morin, le ministre français de la Défense, doit donner ce matin le top départ au plus important programme d’armement terrestre depuis la construction du char Leclerc. Derrière cet acronyme un peu abscons -Scorpion signifie « synergie du contact renforcée par la polyvalence et l’infovalorisation » -se cache un investissement de plusieurs milliards d’euros prévus jusqu’en 2020 au moins. Il s’agit de faire en sorte qu’à cet horizon, tous les éléments d’un groupe de 1.500 soldats sur le champ de bataille soient reliés entre eux dans une bulle numérique permettant une communication parfaite entre fantassins, blindés, canons, hélicoptères, drones… La guerre des étoiles mais à terre, en quelque sorte.

Vu l’ampleur du projet, le gotha de l’industrie de l’armement est sur le pont. Car la décision du ministre ouvre la voie, dans quelques semaines, à l’attribution d’un premier contrat, sans doute le plus stratégique : celui de grand architecte du futur système.

Trois consortiums sont en lice pour décrocher la timbale : le trio Thales-Sagem-Nexter au travers d’une coentreprise ; EADS dont l’offre reste ouverte à d’autres sociétés ; et C & S (ex-Compagnie des Signaux) associée à la branche défense d’Ineo (groupe GDF Suez). Le jeu d’alliance a connu son lot de faits d’armes et de trahisons. Ainsi, il y a un peu moins de deux ans, Nexter s’était rapproché d’EADS. Mais les deux partenaires n’ont pas transformé l’essai, au point que l’entourage de Louis Gallois a envisagé un moment de porter plainte pour rupture d’alliance. De même, Sagem était parti avec Boeing, pour profiter de l’expérience du groupe américain sur FCS, le « Scorpion américain ». Mais la DGA aurait suggéré à la filiale de Safran qu’un partenaire « non européen » sur un projet aussi stratégique était malvenu, a laissé entendre il y a un mois le représentant de Boeing en France, Yves Galland.

Ce premier marché d’architecte ne porte que sur quelques dizaines de millions d’euros sur trois ans. Il s’agit de fournir des études. Mais chacun sait que celui qui sera choisi pour concevoir les grandes lignes de Scorpion bénéficiera d’un avantage certain pour la suite. « C’est comme être dans un organisme de normalisation, explique l’une des sociétés en lice. Il s’agit de l’endroit idéal pour influencer les développements futurs. »

Développements juteux

Et ces développements futurs s’annoncent juteux. Scorpion doit en effet se décliner en plusieurs programmes d’armement en dur. Il y a d’abord le remplaçant des véhicules blindés de l’infanterie (les « VAB »), que la DGA prévoit de fabriquer à 2.300 exemplaires. Ou encore les 300 successeurs de l’AMX-10 RC. Il faudra également adapter les équipements existants, comme les chars Leclerc, les VBCI ou les tenues Félin du fantassin. Le tout enveloppé d’un nouveau système d’information et de télécommunication cohérent.

Du coup, plusieurs voix soulignent les risques de conflit d’intérêts si un fabricant de blindés ou d’équipements était amené à définir l’architecture générale de Scorpion. « Celui qui sera retenu bénéficiera d’un avantage compétitif majeur », critique un industriel, qui imagine déjà les recours possibles. La logique ne voudrait-elle pas, au contraire, que ce rôle échoit à une société indépendante des fabricants de matériels, à condition bien sûr qu’elle connaisse le sujet ? Chez C & S, société d’ingénierie pure, c’est la carte qu’on joue en mettant en avant ses compétences en intégration de systèmes et en télécoms. Autant d’arguments balayés d’une main au ministère de la Défense, affirmant que les études d’architecture seront communiquées à tous les concurrents.


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