mardi 12 décembre 2017

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L’intelligence économique : la nécessité d’un fonds d’investissement pour soutenir les PME

Mourad Oubrich*, Le Matin

dimanche 25 décembre 2005, sélectionné par Spyworld

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Nous entrons dans une nouvelle économie où le savoir et l’information vont être le moteur de la société. Tous les universitaires et les chefs d’entreprise sont unanimes sur le fait que nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère. Nous sommes à une époque ou les matières premières s’achètent, les technologies se copient, l’argent s’emprunte et il ne reste donc que l’information et la connaissance comme facteurs d’avantages concurrentiels. Ralph Larsen, président de Johnson et Johnson déclare : « nous ne sommes pas dans une activité de produit, mais de connaissances ».

Aujourd’hui, les entreprises ont conscience que l’entrée de concurrents autres que leurs concurrents traditionnels sur le marché, est tout à fait probable. Les marchés sont tellement en interaction qu’il s’est développée ce que, selon la théorie du chaos, nous appelons une réaction en chaîne amplifiée. Nous pouvons citer l’exemple d’un crack boursier en 1993 qui ébranla toute la planète et revit à la baisse toutes les prévisions de croissance dans les pays du G7.

Les entreprises Marocaine sont désormais contraintes d’ajuster leurs stratégies en fonction d’une nouvelle grille de lecture, intégrant la complexité croissante des réalités concurrentielles à l’œuvre sur les différents échiquiers mondiaux, nationaux et locaux. L’efficacité d’une telle démarche repose sur le déploiement de véritable dispositif d’intelligence économique qui institue la gestion stratégique de l’information comme l’un des leviers majeurs au service de la performance économique et de l’emploi.

Comment armer nos entreprises pour répondre aux défis de la société de l’information et de la connaissance ? Trouver la bonne information avant les autres est une arme stratégique pour réduire l’incertitude. Philippe Clerc, un des promoteurs de l’intelligence économique en France suggère une réflexion sur les outils et la finalité de la démarche de l’intelligence économique.

Pour conquérir et conserver leur suprématie, nos entreprises doivent allier compétitivité, sécurité, engagement et contrôle. Côté engagement, les entreprises doivent s’investir dans la recherche et développement. Côté contrôle, l’Etat doit mettre en place un véritable dispositif national de protection des secteurs jugés stratégiques à travers la création d’un fonds d’investissement à capital- risque.

In-Q-Tel : Un fonds d’investissement à capital risque américain

In-Q-Tel est un fonds d’investissement créé par la CIA en 1999. La démarche de création d’In-Q-Tel est issue du fait que les besoins en technologies de l’information de la CIA sont communs de 70% à 90% avec ceux des grandes entreprises du Fortune 500. La CIA est la communauté du renseignement US agissent en quelque sorte comme une entreprise de collecte d’information, d’analyse et d’interprétation, de capitalisation du savoir et de diffusion. Comme il est d’usage pour les fonds d’investissement à capital-risque de la Silicon Valley, l’entreprise ausculte les start-ups du secteur des technologies de l’information pour investir dans les plus prometteuses. Sa raison d’être est d’assurer aux services de renseignement américains le transfert de technologies civiles. In-Q-Tel joue aussi le rôle d’un service de veille technologique et commerciale, mais également celui d’un incubateur d’outils pour la CIA.

L’expérience Française

Six ans après l’expérience Américaine, la notion d’intelligence économique à la Française est devenue plus offensive plus que jamais en créant un fonds d’investissement dédié au soutien de Start-up évoluant dans le secteur des nouvelles technologies. La nomination d’Alain Juillet ancien Patron de la DGSE au poste de Haute responsable chargé de l’intelligence économique répond au souci d’intégrer la dimension offensive de l’intelligence économique dans le modèle Français.

En raison des normes européennes sur la concurrence, qui assimileraient un tel fonds à des subventions déguisées, le gouvernement Français est toutefois contraint de « trouver un montage adapté à nos réglementations », selon Alain Juillet. Le système présélectionné devrait associer la Caisse des dépôts et consignations à des entreprises privées.

La nouvelle vision de la performance

La seule voie qui offre quelque espoir d’un avenir meilleur pour toute l’humanité est celle de la coopération et du partenariat.(Kofi Annan, Secrétaire général de l’ONU, Extrait d’un discours à l’Assemblée générale de l’ONU - 24 Septembre 2001). Cette citation de Kofi Annan est une illustration de la nécessité des coopérations pour le développement durable de l’humanité en général et des entreprises en particulier. Les coopérations vont devenir une réalité dans la société de l’information émergente grâce aux technologies de l’information et de la collaboration.

Etant donné que nous sommes déjà entré dans l’ère de la société de l’information, beaucoup d’entreprises qui se croient performantes ne le sont déjà plus. Cette perte de performance est et restera invisible encore quelques années pour beaucoup d’entre elles, le temps pour leurs concurrents de devenir des entreprises intelligentes. Le jour où cette perte de performance deviendra enfin visible, il sera probablement trop tard.

Alain Juillet, responsable français en chargé de l’intelligence économique auprès du Premier ministre, nous donne sa vision de la situation dans une interview pour 01 Informatique n°1768, 7 mai 2004 : « Chacun doit comprendre qu’après avoir connu le marché de l’offre pendant des siècles, puis celui de la demande dans la deuxième partie du siècle dernier, nous entrons maintenant dans celui de l’information et de la connaissance. Sa possession devient la garantie du succès, car c’est un avantage concurrentiel majeur tant sur le plan offensif que défensif ».

* Docteur en sciences de gestion, Expert international en intelligence économique, Professeur, Université d’Ottawa (Canada).


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