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Algérie : le chef de la Sûreté assassiné par un officier

Arezki Aït-Larbi, le Figaro

vendredi 26 février 2010, sélectionné par Spyworld

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Crise de démence ou règlement de comptes, les tensions se multiplient au sommet du pouvoir.

Ali Tounsi, 76 ans, directeur général de la Sûreté nationale algérienne depuis 1995, a été assassiné jeudi matin dans son bureau d’Alger. Selon un communiqué du ministère de l’Intérieur, « le décès est survenu à 10 h 45 lors d’une séance de travail au cours de laquelle un cadre de la police, apparemment pris d’une crise de démence, a utilisé son arme et blessé mortellement le colonel Ali Tounsi, après quoi il a retourné l’arme contre lui, se blessant gravement ».

Une source crédible précise que le meurtrier serait le colonel Oultache, ex-officier de l’armée de l’air chargé du service des hélicoptères de la police. Convoqué par Ali Tounsi qui lui a notifié la fin de sa mission, le meurtrier a vidé le chargeur de son revolver sur son supérieur, avant de se tirer une balle dans la tête.

Durant sa longue carrière, Ali Tounsi ne s’est pas fait que des amis. Personnage aussi puissant que controversé, cet ancien officier de la Sécurité militaire s’est retrouvé maintes fois au centre des jeux d’influence du pouvoir algérien. En septembre 2009, il confiait à des journalistes que ses services, éclaboussés par des scandales de corruption et des bavures à répétition, étaient « la cible d’une conspiration ».

Paradoxalement, cet homme de l’ombre avait manifesté une volonté de transparence peu commune, qui jurait avec la traditionnelle langue de bois. Alors que le discours officiel minimisait « l’importance du terrorisme résiduel » au nom de la « réconciliation nationale », il n’hésitait pas à jouer les trouble-fête en appelant à la vigilance contre la « bête immonde ».

Affaires de corruption

Depuis quelques mois, ses démêlés avec le ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, son ancien camarade des « services » dans les années 1970, s’étalaient dans la presse. Au-delà des susceptibilités de préséance, les deux hommes étaient, dit-on, à couteaux tirés pour le contrôle réel de la police. Un corps dont les effectifs sont passés de 120 000 éléments en 2005 à 200 000 en 2009, avec un taux appréciable de féminisation, malgré les pesanteurs de l’intégrisme et des traditions.

Depuis que le Département du renseignement et de la sécurité (DRS, services spéciaux) s’est attaqué aux « hommes du président » impliqués dans des affaires de corruption, notamment les dirigeants de Sonatrach incarcérés ou placés sous contrôle judiciaire, les salons algérois bruissent de rumeurs sur une fracture au sommet de l’État. Yazid Zerhouni joue pour le camp du président Bouteflika, alors qu’Ali Tounsi est resté fidèle au général Tewfik Médiène, patron du DRS.

Pour de nombreux observateurs, l’assassinat du chef de la police, sur fond de crise latente dans le sérail, pourrait annoncer d’autres secousses.


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